[Fiction] Le Cirque Madyapno
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Mer 5 Avr - 13:10

Alors, je vais poster ici ma toute première fiction. Celle-ci était ma première tentative littéraire d'envergure (il y a plus de 35 chapitres en tout, c'est déjà pas mal) et je l'ai posté, à l'origine, sur Neverused puis sur Pokestrat, avec des retours assez positifs. 

Toutefois, quand je relis mes premiers chapitres, je suis un peu mitigé... En effet, au fur et à mesure, je pense m'être quand même pas mal amélioré en ce qui concerne ma manière d'écrire. Malgré cela, j'ai décidé de ne pas retravailler (ou très peu) ces premiers chapitres. Si je les écrivais maintenant, ils seraient surement plus longs, avec des descriptions plus précise et avec une atmosphère différente. Mais ça me prendrait beaucoup de temps alors que j'ai une seconde fiction sur le feu à laquelle je me consacre bien plus. 

La fiction est divisée en trois arc différents, chacun composé de 12 chapitres (plus bonus à l'occasion) 

La fiction est déjà terminée, inutile de réclamer l'apparition d'un Pokémon (ceux qui l'ont fait sur Neverused à l'époque ont eu une mauvaise surprise  snob )

J'essaierai de poster un chapitre par semaine, le mercredi. 

Maintenant, faisons place à la Troupe...


Le Cirque Madyapno 



En suivant cette histoire, vous allez suivre l'histoire d'une Troupe de cirque. Mais pas n'importe laquelle, puisque celle-ci semble, à priori, composée uniquement de Pokémon. Entre l'incroyable Pingoléon parlant, l'imposant Coudlangue, le puissant Mackogneur, un personnage mystérieux se dessine et semble tirer les ficelles. Le Directeur de la Troupe...

Sans plus attendre, plongez-vous dans le monde effrayant de la Troupe Madyapno...


Table des Matières

Arc 1
Le Pokéathlète 
Mr Loyal
 ......


Attention: L'histoire qui vous sera racontée au fil des chapitres contient des scènes violentes, mais aussi quelques situations malsaines. Je déconseille donc la lecture de cette fiction aux âmes sensibles et aux catho coincés. 

Mais comme vous êtes des rebelles, même si vous êtes sensibles, vous allez quand même lire, je vous connais. J'aurai prévenu.
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Mer 5 Avr - 13:11

Chapitre 1: Le Pokéathlète


Le père et sa fille se rendaient au Cirque. La petite fille, Marie, avait insisté pour assister à une représentation. C’était leur première sortie depuis le divorce. C’était lui, Henry, le champion du Pokéathlon, qui avait obtenu la garde de l’enfant, malgré plusieurs coups bas de sa femme pour l’obtenir. Marie était très impatiente de voir ce fameux Cirque qui s’était installé la veille dans le Bois aux Chênes, proche de Doublonville où ils vivaient.

Ils ne marchèrent pas longtemps avant d’arriver au grand Chapiteau rouge. Celui-ci se dressait fièrement dans l’obscurité du bois, éclairé par quatre Mélancolux qui flottaient dans les airs.

Le guichet d’entrée n’était pas dirigé par un homme, encore moins par une femme. C’était un Coudlangue qui donnait les tickets de sa main, prenant l’argent avec sa langue et laissant les visiteurs perplexes. Henry avait déjà pu voir ce genre de Pokémon, car Blanche, la championne de DoublonVille, en possédait un. Mais dans ses souvenirs, il lui semblait que ce pPokémon était moins grand que celui qui lui donna les tickets…

Ils s’installèrent finalement aux places désignées par les tickets. Un Pingoléon se trouvait au centre de la piste du Cirque. Au grand étonnement de tous, il se mit à parler dans un micro.

Lady and Genteman, bienvenue au Cirque Madyapno ! Je serai votre humble serviteur pour la soirée que vous allez vivre ce soir. Au programme, nuls humains, mais mes confrères Pokémon vous montreront de quoi ils sont capables. Et croyez moi, vous en serez époustouflés !

Et sur ces belles paroles entrèrent différents pokémons qui firent un tour de piste. Un Girafarig, un Dodrio, un Donphan et, enfin, un Tauros. Toute la Parade fut ensuite soulevée dans les airs à la surprise générale. Au milieu de la piste venait d’apparaitre un Alakazam, ainsi qu’un Psystigri, son assistant. Ils en mirent plein la vue aux spectateurs par leur spectacle de magie.

Les numéros s’enchaînaient, brièvement présentés et parfois traduits par l’étonnant Pingoléon parleur. Un Scalproie lança des couteaux sans jamais rater ses cibles. Un Grodoudou au visage masqué entonna un chant d’une incroyable beauté. Un Xatu, communiquant par télépathie, fit un grand numéro de mentaliste. Les clowns Mime Jr et M.Mime firent rire autant les petits que les grands. Un impressionnant Mackogneur porta une vingtaine de spectateurs et Pokémons avec un seul bras. Le Coudlangue de l’entrée fit frissonner l’ensemble des spectateurs lorsqu’il dévora sans souci d’énormes cailloux qui faisaient presque sa taille. Enfin, Masko et Chimpenfeu offrirent un superbe numéro d’acrobatie.

Les spectacles étaient éblouissants. Cependant, une petite chose gênait Henry… N’y avait-il donc aucun humain dans ce cirque ?

Le spectacle terminé, Pingoléon remercia l’assemblée et leur souhaita une bonne fin de soirée. Après avoir attendu que le monde soit parti, pour éviter d’être bousculés, Henry prit sa fille par la main et ils sortirent du chapiteau.

Seulement, à peine eurent-ils quittés chapiteau que Marie lâcha sa main. Elle avait aperçu le Mime Jr et voulait le serrer dans ses bras. Elle était comme ça, Marie. Elle adorait faire des câlins aux petits Pokémon. Henry regarda sa fille s’amuser avec le jeune Clown en souriant.

Ils s’amusent bien à ce que je vois.

Henry sursauta. Il n’avait pas vu le Pingoléon qui était sorti du chapiteau juste après lui.


Ha c’est vous…
- Oui, c’est bien moi, votre hôte ! 
- Excusez-moi, mais… il n’y a donc pas d’humains dans votre Troupe ?
 demanda Henry. 
Il est vrai que nous ne sommes que deux à connaitre le langage humain, moi-même et le Directeur.
- Ha oui ? Et heu… vous avez appris de quelle manière, d’ailleurs ?
- Comme le dit le Directeur, tout est une question de volonté.
- Ha, je vois… et ce fameux Directeur ? C’est aussi un Pokémon ?



Le Pingoléon ne répondit pas. Il avait une expression grave, presque désolée. C’est ensuite qu’Henry sentit comme une présence derrière lui. Il se retourna et se vit dominé par le fameux Coudlangue et le Mackogneur. Ils avaient une expression semblable à celle des fous prêts à tuer. Saisi d’un mauvais pressentiment, Henry voulu reprendre Marie… qui avait disparue. 


- Marie ? Appela-t-il, inquiet.
Je suis désolé, monsieur. Mais le Directeur souhaite garder votre fille.
- Quoi ? Vous n’avez pas le…



Il ne pu terminer sa phrase. Le Mackogneur l’avait attrapé et lancé contre une roulotte plus loin, comme une vulgaire poupée de chiffon. Le choc fut énorme et le bras gauche d’Henry fut brisé sur le coup. Le Coudlangue le regardait comme un affamé regarderait un énorme steack. De la bave coulait de sa bouche et sa langue, gigantesque, bougeait de manière presque hypnotique.

Vas-y, Estom. Dit Pingoléon en se retournant pour ne pas voir le spectacle. Mange-le.

Le Coudlangue ne se fit pas attendre et s’élança vers Henry, gueule ouverte.
Heureusement, de sa main droite, Henry avait attrapé la seule Pokéball qu’il avait emportée avec lui ce soir là.

Caninos, Flash !

Le Pokémon chien sortit à temps et lança son attaque, éblouissant le monstre rose et le Mackogneur. Profitant de la diversion, Henry rappela son Pokémon et prit ses jambes à son cou.

Merde, où il est passé ? Prenez un Mélancolux et essayer de le retrouver !

Heureusement, Henry était un excellent coureur et les deux Pokémons étaient lents. C’était la spécialité du Pokéathlète. Malgré la douleur, il parvint à s’enfuir et à rejoindre Doublonville avant d’être rattrapé par les deux dangereux Pokémon. Mais il était paniqué. Ces monstres détenaient sa fille. Il fonça donc au commissariat…




Pendant ce temps, au Cirque, Pingoléon, mal à l’aise, frappa à la porte d’une roulotte, celle du Directeur.

- Entrez.

Le Directeur était revêtu d’innombrables vêtements, de telle façon à ce qu’on ne puisse même pas voir un seul centimètre carré de sa peau. Même son visage était caché. Il avait une forme et une taille humaine, mais il était impossible d’affirmer qu’il le soit réellement.

Le père est parvenu à s’enfuir…
- Voilà qui est fâcheux…


Pingoléon déglutit. Le Directeur avait été très ferme au sujet des témoins. Pas de témoins, pas de problèmes. Ici, tout avait foiré.

Je t’avouerai que je suis très déçu de vous, Pingoléon… 
- Je suis désolé, Mr le Directeur, mais …
- Silence !


Il se leva et poussa un profond soupire.

Au final, cela pourrait devenir amusant… Nous allons garder cette petite en vie.
- Vraiment, Mr le Directeur ?
- Oui… J'aimerai voir jusqu'où son père pourrait aller pour elle. Ho, bien sûr, Estom en sera bien déçu… mais elle pourrait aussi nous servir de monnaie d’échange en cas de pépin. Puis …



Il jeta un coup d’œil vers une cage, dans le coin de la roulotte. Apparemment endormie, la petite Marie s’y trouvait. 

- J’aurai de quoi passer le temps en attendant de prochains jouets que vous m’apporterez.

Pingoléon frissonna. Le Directeur était une personne bienveillante envers sa Troupe, mais néanmoins sombre et très dangereuses. Mr Loyal savait pertinement que ses victimes, fournies par la Troupe, n'étaient guère à envier. 

Préviens Alakazam et Xatu. Nous partons d’ici.




Lorsque les policiers arrivèrent, accompagnés d’Henry, il n’y avait plus aucune trace du Cirque. Tout avait disparu. Le père explosa en sanglot, de rage et de désespoir. Il n’aurait de repos avant d’avoir retrouvé sa fille. Sa quête à la recherche de ce fameux Cirque venait de commencer, nourrie par la colère et la haine. Il ne sait pas encore à quels étranges et dangereux personnages il s’oppose.
Gryffe
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Mer 5 Avr - 13:40

Quiconque se rend dans un cirque alors qu'il est un héros de fiction mérite entièrement toutes les horreurs qu'il va immanquablement lui arriver non

Sur les dizaines de milliers de pages que j'ai pu lire dans ma vie, jamais un cirque n'aura été autre chose qu'une couverture pour la mafia ou des groupes surnaturels. À ce stade on peut parler de sélection naturelle pour ceux qui tombent encore dans le panneau.
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Mer 12 Avr - 19:30

J'ai failli oublié que j'avais dis tous les mercredis  facepalm

Chapitre 2: Mr Loyal


Pingoléon n’avait que des souvenirs très vagues de son passé. Il ne se souvenait quasiment pas des détails. Tout ce qu’il savait, c’est que son dresseur l’avait maltraité à maintes reprises avant que le Directeur, Estom, Machopeur et Doduo ne le sauvent de sa cruelle destinée. Son dresseur disparut de sa vie et il rejoint la Troupe.

C’est le Directeur qui lui a appris le langage des humains. Il disait qu’il aurait besoin un jour d’un interprète autre que lui. Ce n’est que lorsque les membres de la Troupe furent un peu plus nombreux et que le Cirque fut fondé et que le Directeur lui expliqua ce qu’il attendait de lui.

Depuis lors, Pingoléon endosse une tâche importante dans le Cirque Madyapno, celle de Mr Loyal. C’est lui qui présente le spectacle aux visiteurs, et qui parfois traduit certaines paroles, comme dans le spectacle de Xatu, le Mentaliste.

Mais Pingoléon est aussi un des principaux hommes de mains du Directeur. Outre Estom et Mackogneur, Pingoléon est l’un des plus puissants Pokémon de la Troupe. Lorsque le Directeur l’envoyait en mission, il avait l’habitude d’aiguiser ses ailes tranchantes tout en marchant.

Ce soir-là, à Poivressel , comme après chaque représentation, Pingoléon attendit que la plupart des visiteurs soient partis avant de lancer la chasse. Il n’appréciait pas vraiment rapporter des enfants aux Directeur, mais celui-ci avait tant fait pour la Troupe qu’on ne pouvait rien lui refuser. Et pourtant, ce que le Directeur faisait d’eux le dégoutait…

Les derniers à quitter le chapiteau étaient un couple et leur fils, d’environ 9 ans. C’était Dodrio et Doduo qui étaient de corvée cette fois-ci. Mais Pingoléon comprit qu’il y avait un problème quand il les vit revenir en courant.

Que se passe-t-il ?

Les deux oiseaux expliquèrent ce qui s’était passé. Les parents étaient dresseurs et utilisaient des Pokémons Roches, Gravalanch et Simularbre. Et ils les avaient mis en fuite.

Pingoléon savait que Doduo était très puissant, malgré qu’il n’ait jamais évolué. Tout le contraire de Dodrio dont sa sous-évolution s’était pourtant attachée émotionnellement parlant, comme à une figure paternel qu’il n’avait jamais eu. Depuis que Doduo l’avait rencontré, il était bien moins efficace, car il ne voulait pas prendre de risque pour son ami.

Malheureusement, cela tombait mal… trois jours avant, un homme était parvenu à s’enfuir, à Jotho. Et ici, non seulement les parents s’en tiraient, mais ils n’avaient pas de proies pour le Directeur… Mr Loyal soupira.

Très bien… je vais m’en occuper… j’espère qu’ils ne sont pas partis trop loin. Dites à Estom de me rejoindre.

Et sans attendre de réponse, il se mit à courir. Il appela un Mélancolux pour le suivre. Sur le chemin, Pingoléon enchainait les Aiguisages.

Après un moment de course, il vit le fameux couple et leur enfant. Leurs deux Pokémons marchaient à leurs côtés. La lumière du Mélancolux attira leur attention à tous et ils se retournèrent. Ils n’avaient pas l’air d’être inquiets.

Allons bon ! S’exclama le père. Voilà le pingouin après les deux zoziaux !
- On a pourtant payé, non ?
 dit la femme en soupirant. Simularbre !

Les deux pokémon se dressèrent devant Pingoléon. Simularbre était devant, prêt à passer à l’attaque.

Je suis profondément désolé.

Pingoléon, avec une vitesse impressionnante, fonça droit sur Simularbre qui ne réagit pas assez vite. D’un seul mouvement, semblable à une paire de ciseau, Pingoléon trancha le Pokémon roche en deux.

L’expression des humains et du Gravalanch venaient de changer. Ebahis, tétanisés d’horreur, ils regardaient sans oser bouger Mr Loyal se tenir devant deux moitiés du pauvre Simularbre abattu. L’homme finit par se ressaisir.

Gravalanch ! Boule roc !


Gravalanch tenta de toucher Pingoléon, qui se contenta de trancher les projectiles en vol avec facilité. Puis, sans prévenir, il passa de nouveau à l’attaque, pourfendant le corps minéral d’une Griffe Acier. Le Pokémon succomba directement.

C’est … C’est impossible…


Sans demander leur reste, le couple tenta de fuir, attrapant par la main l’enfant. Mais malheureusement, ils faisaient désormais face à Estom, le Coudlangue. Pingoléon soupira.

Je le répète… mais je suis profondément désolé.

*
*   *


Depuis plusieurs jours, Henry s’entrainait, lui et ses Pokémons. Pour ce faire, il avait demandé de l’aide à Blanche, de Doublonville, et à Hector, son petit frère et Champion d’Ecorcia. Il s’était juré de devenir le plus fort possible pour se venger de ce fichu Cirque Madyapno. Son équipe était composée d’un Caninos, un Elektek, un Emolga et un Séviper. Ces Pokémons l’avaient accompagné durant toutes ses compétitions de Pokéathlon.

Tu sais, dit Blanche, ton équipe de sportifs est impressionnante ! Tu n’as jamais pensé à devenir Champion ?
- Non, jamais…



Blanche était inquiète. Henry avait perdu toute la joie de vivre qu’on lui connaissait depuis qu’il était revenu, bras en écharpe, d’une représentation de Cirque… Il avait expliqué tout ce qu’il avait enduré et avait demandé son aide à la Championne. Celle-ci avait contacté la totalité des Champions de Kanto et Jotho, leur demandant de la prévenir de toute urgence au cas où un Cirque s’installerait près de chez eux.


Depuis 3 jours, Hector les avait rejoints pour l’entrainement. Il était encore mineur, mais c’était un excellent dresseur de type Insecte, n’ayant pas démérité son titre de Champion. Avec Cisayox, Dardargnan, Yanméga et Caratroc, il s’était associé à l’équipe de Blanche, Echremeuh, Coudlangue et Mélodelfe, pour l’entrainement de son frère.


Entrainement qui portait ses fruits ! Les Pokémon avaient fait d’énormes progrès. Séviper et Elektek étaient particulièrement redoutables.

On fait une pause ! Déclara Hector.
Quoi ? Déjà ?
- La pause aussi est importante, frérot ! C’est même LE plus important !



Il lui lança une bouteille de soda cool et s’en ouvrit une pour lui-même. Blanche quant à elle, s’étira.

Même si ce sont nos Pokémon qui combattent, je suis toute cassée, à bouger !
- Ha ? 
s’étonna Henry. Moi je trouve que j’ai peu bougé …
- Tu te fiches de moi, je n’ai jamais vu un type aussi excité que toi dans un combat ! Et tu devrais te ménager, ton bras est toujours cassé, je te rappelle.
- Je me ménagerai une fois ma fille dans mes bras.



Les regards d’Hector et Blanche se croisèrent tristement. Ils n’avaient que très peu d’espoir de retrouver Marie en vie. Mais ils savaient que ce n’était pas une bonne idée de parler de leurs doutes pessimistes à Henry.

Soudain, le téléphone de Blanche sonna. Elle décrocha, puis poussa une forte exclamation, surprenant Henry qui recracha son soda cool.

Quoi ?
- C’est le Major Bob ! Un Cirque s’est installé à Carmin-Sur-Mer.
- Carmin Sur Mer n’est pas loin de Safrania, on y sera demain si on prend le tram rapid…



Hector n’eut pas le temps de continuer sa phrase que son grand frère avait rappelé ses Pokémon et était parti devant.

*
*   *


Vous nous avez demandé, Mr le Directeur ?


Pingoléon, Estom, Mackogneur et Xatu venaient de rejoindre le Directeur. Celui-ci, toujours enveloppé dans ses nombreux vêtements, semblait très excité. Il revenait de la parade en ville. Conduisant une petite voiture, il était suivi de plusieurs membres de la troupe pour attirer du public le soir pendant que le reste montait le chapiteau.

En effet ! J’ai besoin de vous...


Il leur montra une photo représentant une sorte de collier auquel pendait une pierre jaune.

Il y a en ville une petite fille portant ce bijou. Je la veux. Xatu, tu vas me la trouver et envoyer à son domicile des places gratuites pour la représentation de ce soir.

Le Mentaliste acquiesça. Ce serait une tâche facile pour Xatu. Pingoléon, lui, regardait le Directeur avec étonnement. Il n’avait jamais demandé un enfant en particulier auparavant.


Tant qu’à vous, vous vous occuperez des parents… Mais vous ne tuerez personne. Je me chargerai de leur cas personnellement une fois que vous les aurez capturés.




A la semaine prochaine pour: Les Siamois, hasard monstrueux
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Mer 19 Avr - 15:33

Chapitre 3: Les Siamois, Hasard monstrueux



Henry, Hector et Blanche arrivèrent dans l’après-midi à Carmin-sur-Mer, accueillis par le Major Bob. Mais c’était trop tard. Le Cirque avait disparu la veille, peu après la représentation. 

Il s’est passé la même chose aux Bois aux Chênes… Juste après m’avoir enlevé ma fille.
- Ils ont donc certainement kidnappé quelqu’un, non ?
 Demanda Blanche.
J’y ai pensé, intervint le Major Bob. J’ai passé la matinée à courir partout dans la ville. Aucune disparition n’est à noter. Aucune plainte déposée non plus.
- Aucune ?
 répéta Hector.
Que dalle.

S’en suit un long silence. Kidnappaient-ils toujours un enfant, ou seulement de temps en temps? S’agissait-il seulement du même Cirque qui était arrivé à Carmin-Sur-Mer ? Henry n’en doutait pas vraiment, puisqu’il avait disparu mystérieusement lui aussi. Ou bien ils se trompaient complètement ?

Cependant…, dit l’ancien soldat en rompant le silence.
Oui ?
- J’ai aussi fait un tour au port. Et il y a un petit détail qui en est ressorti. 
- Explique-toi, Bob !
 fulmina Blanche. Laisse le suspens de côté, veux-tu ?
- J’ai interrogé un marin. Il m’a dit qu’un couple était monté sur un bateau ce matin pour rentrer chez eux, à Sinnoh. Mais ils avaient trois tickets de bateau, et non deux.
- Et donc ?
 demanda Blanche
Et donc ils se seraient faits enlever leur enfant hier… dit Hector. C’est ce que tu penses ?
- Yep.
- Non, ça n’a aucun sens… pourquoi partiraient-ils sans se soucier de leur enfant ?
 demanda Henry. Sans même porter plainte? Et puis je vous rappelle que j’ai été attaqué par des Pokémon.


Il montra son bras en écharpe, comme s'il s'agissait là d'un argument inébranlable. 

C’est vrai, mais peut-être que le Cirque les a menacés ? proposa Blanche. Ou bien autre chose, je ne sais pas…
- De toute façon, c’est notre meilleure piste pour le moment
, trancha Hector. Bob, y a un bateau pour Sinnoh, cette après-midi ?
- Ouais, dans deux heures.
- Pourquoi on se rendrait à Sinnoh ?
 demanda Henry.
Parce que ces gens y habitent. Cette histoire n’a peut-être rien à voir, mais nous devons nous en assurer pour progresser.
- On ne peut pas partir, imagine que le Cirque revienne !
- Ça m’étonnerait. Ils sont très prudents, d’après le peu qu’on en sait. Nous n’avons guère beaucoup de solutions. Soit on attend tranquillement de tomber sur eux par hasard, et ils risquent de ne pas repasser là où ils ont déjà kidnappé des enfants, soit on enquête pour tenter de les attraper.


La plaidoirie d’Hector laissa son frère interdit. Il savait que le benjamin avait raison, mais pourtant, il hésitait. Il adressa un regard aux deux autres Champions, comme pour leur demander leur avis. Blanche lui souriait avec compassion et le Major avait un regard rude. Henry soupira.

Bon… allons-y.





Le Major Bob ne les avait pas suivi et était resté à Carmin-Sur-Mer, prétextant qu’on pourrait le rappeler à condition qu’il y ait de l’action à la clé. Le bateau filait sur l’océan. Et le soir, ils arrivèrent enfin à Joliberge.

Il était environ 21heure. Les rues de la ville portuaire semblaient étrangement désertes. Ils arrivèrent à l’hôtel Beau-Rivage, déposant leurs affaires à la réception avec soulagement. Un majordome les conduisit jusqu’à leurs deux chambres, l’une pour les deux frères, l’autre pour Blanche.

Dites-moi, monsieur, votre ville m’a l’air bien calme ce soir, je me trompe ? demanda Blanche.
En effet, et pourtant, d’habitude, c’est assez animé. Brocante de nuit, saltimbanques…
- Mais pas ce soir ? Il y a un évènement particulier aujourd’hui?
 demanda Henry.
Oui, un cirque à l’entrée Est s’est installé ce matin et il y a une représentation ce soir. Presque tout le monde y est.


Le trio s’arrêta net. Henry n’en croyait pas ses oreilles. Il était tétanisé par la nouvelle. Un cirque à Joliberge ? Se pouvait-il… ? Il serra les poings. Il devait en avoir le cœur net. Abandonnant ses valises, il fit volte-face et partit en direction de l’Est.

Henry, attends nous !


Les deux Champions coururent pour le rattraper, laissant le majordome derrière eux. Avec le flegme propre à son métier, il se contenta de saisir ses lunettes pour les nettoyer.

Je n’aurai pas de pourboire ce soir.





Le spectacle venait de commencer. Après un tour de piste, Girafarig, Tauros et Dodrio avaient subi le pouvoir télékinésique d’Alakazam et Psystigri. C’était au tour de Mackogneur de faire preuve de sa force sur scène. Pingoléon regardait le spectacle d’un air distrait. Il savait depuis belle lurette de quoi était capable le Colosse et était bien plus intéressé par le public. Il songeait vaguement à qui dans la salle pourrait satisfaire les désirs du Directeur et avait déjà repéré des proies potentielles lorsque Mr Mime lui toucha l’aile droite. Il semblait paniqué.

Quoi encore? murmura Mr Loyal. On est en plein spectacle !


Ce que le Clown lui expliqua ensuite le fit blanchir. Alors qu’il surveillait l’entrée, Mr.Mime avait vu trois personnes s’approcher. Et il avait reconnu l’homme qui était parvenu à échapper à Estom plusieurs jours auparavant. Pingoléon resta silencieux un instant avant de soupirer profondément.

Va prévenir le Directeur.


Mr Mime ne se fit pas prier et couru vers une autre entrée que celle par laquelle il était arrivé. Pingoléon adressa un signe à Mackogneur, comme quoi il devait continuer, puis un autre signe à Doduo, Dodrio et Donphan, pour qu’ils le rejoignent.

C’est ensemble qu’ils sortirent. Face à eux, Pingoléon reconnut Henry, toujours blessé de leur dernière rencontre. Il était accompagné d’une jeune fille, assez mignonne, et d’un jeune homme avec qui il partageait certains traits de visage. Ce dernier devait toujours être mineur, nota Pingoléon.

Comme on se retrouve, déclara Henry avec satisfaction.

Le Pokéathlète avait du mal à y croire. Hector avait pourtant bien dit que retrouver le Cirque ne serait qu’un coup de chance sans enquête. Et c’est ici, à Joliberge, que la chance leur avait souri. Il ne regrettait vraiment pas d’être venu.

Que voulez-vous ?
- Rendez nous Marie !



Pingoléon s’y attendait. L’enfant… C’était pour l’enfant qu’ils avaient fait tout ce chemin. Comment avaient-ils retrouvé le Cirque ? Pingoléon n’en avait aucune idée.

Vous tombez plutôt mal. Nous sommes en pleine représentation.
- Rendez-la nous !



Mr Loyal soupira. Il allait de son honneur que le spectacle continue, malgré les intempéries et les péripéties, le spectacle, à jamais, continuera. Seulement, sa présence sur scène était indispensable.


Doduo, Dodrio, Donphan. Tuez-les.


Il se retourna tranquillement pour retourner sur la piste. Doduo et Dodrio devaient se racheter de la dernière fois et une excellente occasion se présentait ainsi.

Sans attendre, Donphan chargea le trio. Trois Pokéballs volèrent, invoquant Echrémeuh, Cisayox et Séviper. L’attrapant par les défenses, Cisayox stoppa net Donphan dans sa course. Piégé, le pachyderme encaissa l’attaque Plaquage du bovin et le Crochetvenin du serpent. Puis Cisayox le lança un peu plus loin, étourdi.

Dodrio et Doduo poussèrent des cris de colère et passèrent aussi à l’attaque. Echremeuh entama l’attaque Roulade et se concentra, sur ordre de sa dresseuse, sur Doduo. Les trois dresseurs pensaient s’attaquer à deux au Pokémon qui leur semblait le plus puissant et laisser Blanche se charger seule de l’autre. 

Mais c’était mal connaitre Doduo. Il esquivait sans souci les Roulades, pourtant de plus en plus rapides. Il parvenait même à donner des coups de becs occasionnels à Echrémeuh.

Dodrio, par contre, avait du souci à se faire. Il n’était pas un combattant, loin de là. Et lui, il était attaqué par deux adversaires en même temps. D’un côté, Cisayox qui bougeait rapidement tout en portant des coups. De l’autre, Séviper, qui frappait de ses puissants crocs et dont Dodrio devait aussi se méfier de sa queue. Dodrio donnait des coups assez confus à ses adversaires. Ses trois têtes se perdaient dans leurs mouvements. L’oiseau encaissait ainsi les coups avec de plus en plus de mal. Lorsqu’il vit Cizayox préparer une attaque Surpuissance, il crut bien voir son dernier instant arriver…

Heureusement pour lui, Donphan s’était relevé. Il projeta tout son corps dans une attaque Giga-Impact envers Cisayox. Ni lui ni Hector ne l’avait vu arriver. Les deux Pokémon étaient à terre, Cizayox légèrement étourdi, et Donphan tentant de reprendre son souffle. Ce dernier semblait aussi souffrir et trembler. Et ce n’est pas pour rien, car Séviper l’avait précédemment empoisonné.
Mais Séviper, justement, était toujours là. Et Dodrio, soulagé, l’avait presque oublié.

Séviper, Ligotage ! lança Henry.

Le serpent sauta sur l’oiseau et s’enroula autour de ses trois têtes, serrant fort les trois longs cous. Dodrio tituba et chuta. Ses trois têtes avaient du mal à respirer sous l’étreinte de Séviper.
Henry hésita un moment. Allait-il vraiment faire ça ? Seul le souvenir de Marie, enlevée par ce Cirque, le décida.

Séviper... Tue-le.


Séviper et les deux Champions restèrent interdits un court instant. Puis, de la puissante lame de sa queue, Séviper trancha les trois cous de Dodrio d'un coup sec.

Un hurlement retentit. Il provenait de Doduo. Son ami, son fidèle ami, venait de mourir sous ses yeux. D’un coup de patte vigoureux, il repoussa l’attaque qu’Echrémeuh lui destinait et une lumière mystérieuse l’enveloppa. La rage, la haine, le désespoir, ces mêmes sentiments qui avaient porté Henry à ce geste permettaient désormais à Doduo d’évoluer.

Ce qui frappa Hector, c’était que le nouveau Dodrio était plus grand que le précédent. Blanche, elle, remarqua surtout l’éclat rouge dans les trois paires d’yeux du Pokémon. Sans attendre, Dodrio commença sa course, ses becs tournant comme des vrilles, en direction de Séviper. Celui-ci esquiva de justesse, mais Dodrio pivota rapidement et parvint à atteindre sa cible. Séviper fut projeté plus loin.

Séviper, essaye de le ligoter à nouveau ! Cria Henry.

Ce plan avait fonctionné un fois, mais l’adversaire était ici d’un niveau supérieur. Les trois têtes étaient bien plus coordonnées et il fut impossible pour le serpent d’attraper l’un des cous de Dodrio.

Echremeuh et Cisyaox retournèrent au combat. Donphan était allongé, inerte. Le poison devait avoir eu raison de lui.

Le combat qui suivit fut très confus. Dodrio était puissant et très bien organisé. La rage le forçait à continuer son combat sans faiblir. Finalement, Echrémeuh le poussa par terre. Alors qu’il se relevait déjà, Cisayox enchaina une Surpuissance. Dodrio encaissa sans broncher, mais ne put réagir à l’attaque de Séviper, qui trancha l’un des têtes.

On l’a eu ! s’exclama Henry.
Attends…


Le corps de Dodrio répondait étrangement à l’attaque. Il se releva sans sourciller pendant que les Pokémon du trio reculaient. Tous étaient saisis d’horreur. Du moignon encore frais poussaient non pas une mais bien deux nouvelles têtes. Et ce, très rapidement. En moins de trente secondes, Dodrio possédait désormais 4 têtes. Puis, sans prévenir, elles infligèrent à Séviper 4 Tunneliers. Le Pokémon était en sang.

Séviper !


Sans plus attendre, Henry rappela son Pokémon agonisant dans sa Pokéball.

C’est quoi ce bordel ? demanda Hector.
Les Dodrio ne peuvent pas faire pousser de nouvelles têtes ! s’exclama Blanche.
Tu vois bien que si, répondit sombrement Henry.
Bravo !


C’était une voix inconnue qui venait de parler. Un homme, tout emmitouflé d’habits divers, le visage caché, venait de sortir du Chapiteau. Dodrio le regarda puis s’écarta en baissant ses quatre têtes.

Vous avez réussi à le faire évoluer ! Et à trouver sa mutation, qui plus est ! Je commençais à croire que Doduo était juste... normal.
- Qui êtes-vous ?
 lui cria Henry.
Moi ? Je suis le Directeur du Cirque Madyapno. Et vous ?
- Je suis le père de Marie
, répondit celui-ci en serrant les poings pour ne pas se laisser submerger par la fureur. Libérez-la !
- Ha oui, Marie ! Une charmante enfant. Délicieuse, même.
- Libérez-la !
- Une petite qui comble une bonne partie de mes désirs. Je ne compte pas m’en débarrasser.



Le regard du Directeur se posa sur les deux Champions. Il fixa un moment Hector.

Délicieux…
- Si vous ne la libérez pas de suite, je …
- Vous ne ferez rien.



Mackogneur et Estom ouvrèrent l’entrée du chapiteau, de sorte qu’on puisse y voir tout ce qu’il s’y passait. Le public, dans son entièreté, dormait.

Grodoudou a du chanter une autre Berceuse que l’habituelle ce soir. Ils sont tous endormis.
- Et vous allez faire quoi ?
 demanda Blanche, inquiète.
Je vais être magnanime.


Il marqua une pause. Hector avait la désagréable sensation que le Directeur le regardait intensément, caché sous sa capuche.


Ma Troupe n’aurait aucun mal à vous tuer tous les trois. Mais comme je ne veux pas perdre de nouveau des membres, ce qui risquerait d’arriver, voici mes ordres…
- Vos ordres ?
 fulmina Henry. RENDEZ-MOI MA FILLE !
- Si vous ne partez pas sur le champ, ma troupe exécutera l’ensemble du public.


Le trio fut saisi d’horreur. Aucun d’eux ne s’était attendu à ça.

On veut d’abord avoir la certitude que Marie est en vie, réclama finalement Blanche.
Vous n’êtes pas vraiment en état de négocier. Mais soit… Marie ?


Marie, habillée comme une poupée de petite fille, avec des vêtements rappalant l'époque de la Renaissance, sortit du chapiteau. Elle avait un regard sans expression, comme si toute volonté l’avait quittée. Henry voulu faire un pas pour la saisir par la main, mais le Directeur l’attrapa avant.

Vous pouvez partir, maintenant.


Les autres Pokémon de la Troupe venaient de rejoindre le Directeur, de la même manière que Marie. Le Coudlangue salivait.

Blanche, Hector et Henry se regardèrent. Même si Henry avait envie de continuer, c’était là pur suicide, et il le savait. De plus, il ne pouvait pas avoir sur la conscience la mort de tout Joliberge. Sans un mot, ils s’éloignèrent, d’abord lentement, puis en courant.

La chance leur avait moins sourit ce soir là que ne l’avait d’abord cru Henry.


A la semaine prochaine pour "Le Mage et le Clan"
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Mer 26 Avr - 15:01

Chapitre 4: Le Magicien et le Clan


Lorsqu’Alakazam avait rejoint la Troupe, il avait déjà atteint sa dernière évolution. Le Mage était l'un des premiers membres de la Troupe, peu après Mr Loyal. Il se faisait vieux, et pourtant, il n’avait que peu de souvenirs de sa jeunesse. Tout était flou. Mais il sait que, s’il est en vie, c’est grâce au Directeur. Son dresseur lui en demandait trop. Il portait d’ailleurs aujourd’hui encore les traces des coups reçus lors du rude entrainement qui lui était imposé.

Ce matin, alors qu’ils venaient de monter le chapiteau, Alakazam et Psystigri répétaient leur numéro. Donphan et Dodrio étaient morts quelques jours auparavant à Joliberge. Mais concernant l’oiseau, il avait directement été remplacé par Doduo, ayant évolué et prouvé son « anormalité ». Le Dodrio nouveau était extrêmement puissant, et les deux magiciens devaient s’y mettre à deux pour exercer leurs pouvoirs sur lui. D’habitude, le Directeur n’assistait pas aux répétitions. Mais ce matin, il était là. Quand la répétition fut terminée, il adressa un signe à Alakazam.

– J’aimerai te parler dans ma loge. Seul.

Alakazam et Psystigri se regardèrent, étonnés. Puis Alakazam exécuta les ordres et se rendit dans la caravane du Directeur. Il l’attendait déjà, assis à son bureau. Alakazam s’assit à une chaise qu’il lui présenta.

– Tu te fais vieux, pas vrai, Alakazam ? Tes pouvoirs régressent.

Le magicien baissa la tête. Le Directeur avait raison. Il laissait de plus en plus Psystigri gérer le spectacle. Après tout, le chaton avait un énorme potentiel qu’il avait décelé en lui dés leur première rencontre. Alakazam avait été son mentor, son entraîneur, pour contrôler ses forces. Il était d’ailleurs très fier du résultat.

– Ecoute-moi, Alakazam… Tu sais, la Troupe ne peut pas trimballer derrière elle des Pokémon inutiles. As-tu pensé à la retraite ?

Le vieux Pokémon releva la tête, horrifié. La retraite ? Quitter la Troupe ? Il serra fort ses cuillères dans ses mains. La Troupe, le Cirque, c’était toute sa vie ! Il avait bâti tant de choses avec les autres membres, avec Le Directeur, avec Psystigri ! Mais le Directeur avait raison… il avait perdu beaucoup de son potentiel.

– A moins… que tu ne me prouves que je me trompe ?

Alakazam cligna des yeux, relâchant un peu ses cuillères. Il adressa un regard de défi au Directeur, qui éclata de rire.

– Je savais que tu accepterais, mon vieil ami. Voilà ce que tu vas faire …




Après ce que Blanche avait appelé « La Catastrophe de Joliberge », le trio était reparti à la recherche des touristes qui étaient passés à Carmin-Sur-Mer. Ils étaient passés dans plusieurs villes: Bonaugre, Charbourg, Vestigion … Sans succès.

Le Séviper d’Henry était resté à Joliberge. Ses blessures étaient très graves et sa vie était en danger. Le Dodrio aux quatre têtes hanterait encore leurs cauchemars un bon moment. C’est pour prendre de ses nouvelles qu’Henry entra dans le centre Pokémon d’Unionpolis ce matin-là. Pendant ce temps, les deux Champions partaient à la pêche aux infos, questionnant les habitants sur les gens partis récemment à Kanto pour visiter.

Les nouvelles n’étaient ni bonnes, ni mauvaises. Au moins, son état ne semblait pas s’être détérioré… Henry fulminait en lui. Il ne s’était donc pas assez entrainé ? Pourtant Séviper était l’un de ses meilleurs Pokémon… Ils avaient sous-estimé leurs adversaires. Depuis Joliberge, il profitait de chaque instant pour s’entrainer, lui et ses Pokémon. Ils redoublaient tous d’efforts.

Alors qu’il sortait, Hector et Blanche allaient entrer à sa rencontre, surexcités .

– On a une piste ! annonça fièrement la dresseuse.
– Vraiment ?
– Un couple avec un enfant, partis à Kanto récemment. La vieille qui nous l’a dit a aussi précisé qu’elle n’avait plus vu la petite depuis un moment
, assura Hector.
– Vous avez l’adresse ?
– Oui, tu n’as qu’à nous suivre !


Et c’est ainsi que le trio se rendit ensemble au 18 Rue des Concours, l’adresse indiquée par la vieille dame. Tout en marchant, Blanche avait la désagréable sensation d’être observée et elle s’arrêta de marcher à plusieurs reprises, comme pour s’assurer qu’on ne les suivait pas. Puis elle redémarrait, prétextant qu’elle n’était pas sûre de l’itinéraire qu’ils devaient suivre.

– C’est ici ! indiqua Hector en montrant du doigt une petite maison, non loin du dôme où se déroulaient les Concours pokémons.
– On frappe ? demanda Blanche.
– On frappe, répondit Henry en s’exécutant.

Ils patientèrent un petit instant avant qu’une femme blonde d'une trentaine d'année ne leur ouvrit la porte.

– Oui ? Vous êtes ?
– Bonjour madame
, répondit Hector. Nous venons de Kanto et nous aimerions vous parlez un instant, si ça ne vous dérange pas. Votre mari est là aussi ?
– Oui, oui, mais de quoi voulez-vous nous parlez ? On n’est pas intéressés, si c’est pour nous vendre de la brioche.
– Non, c’est pour vous parler de votre fille
, précisa Henry.

La femme pâlit. Elle attrapa sa tête entre ses mains et tomba à genoux.

– N… Non…
– Madame ?
 s'étonna Blanche. Vous n’allez pas bien ?
– Chérie?
 intervint une voix à l’intérieur.

Son mari débarqua. Voyant sa femme à terre, il se précipita à sa hauteur. Elle pleurait.

– Qu’est-ce que vous lui avez fait ?
– Nous voulions juste vous parler de votre fille…
 répondit timidement Blanche.
– Ma fille ? Mais …

Lui aussi pâlit, blanc comme un linge. Il se retourna et adressa un regard suppliant vers une jeune fille à lunettes, qui devait avoir l’âge d’Hector et que personne n’avait remarquée. Puis il aida sa femme à se relever.

– Entrez…

Le trio les suivit, interloqués, passablement étonnés. L’homme leur adressa un fauteuil et s’installa dans un autre avec sa femme. La jeune fille, silencieuse, les suivait et resta debout. Le couple semblait dépité, perdu, horrifié.

– J’aimerai commencer par vous demander s’il s’agit d’une plaisanterie avant d’aller plus loin, commença l’homme. Car si s’en est une, je vous jure que …
– Je vous garanti qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie
, l’interrompit Henry. Moi aussi j’ai perdu ma fille.

La jeune fille sursauta à l’annonce et regarda curieusement le Trio.

– Vous aussi ? Mais vous… vous vous souvenez d’elle ? demanda l’homme.
– Quoi ? Bien sûr mais…
– Ils n’ont aucun souvenir d’Emma
, intervint la jeune fille.

Henry, son frère et Blanche échangèrent un regard surpris.

– Je m’appelle Edith. Félix et Miranda, ici présents, font partis du même clan que moi. Nous avons eu vent de leur retour sans Emma et la Sage m’a envoyée vérifier si c’était vrai. Ça fait deux heures que j’essaie de les convaincre qu’ils avaient bien une fille avant. Votre venue a dissipé leurs doutes, je crois.

La dénommée Miranda se moucha bruyamment.

– Comment… comment ai-je pu oublier mon propre enfant… ?
– Et vous aussi, vous avez perdu votre fille ?
 demanda Félix. Expliquez-nous.

Henry se lança dans ses explications, avec quelques interventions de Blanche et Hector. Il leur raconta tout. Le Cirque, le Kidnapping, le Coudlangue monstrueux, Le Pingoléon parlant, le Dodrio aux quatre têtes, la Catastrophe de Joliberge, l’aide du Major Bob… Pendant qu’il racontait, Edith et le couple buvaient ses paroles, presque fascinés, mais l'air sombres.

– Je ne me souviens même pas qu’il y avait un Cirque à Carmin-Sur-Mer, dit tristement Félix une fois le récit terminé. Mais comment avons-nous pu oublier ?
– Ce Cirque a l’air de disposer de pas mal de ressources, d’après ce que vous nous racontez là
, dit Edith. Et puis, que vous ayez oublié même l’existence du Cirque, c’est peut-être un indice de leur culpabilité.
– Ce sont … des monstres …
 murmura Miranda, tête baissée.
– Mais il y a quand même des différences entre les deux enlèvements, précisa Hector. Peut-être que les deux affaires ne sont pas liées…
– Je pense que si
, déclara Edith.
– Pour quelles raisons ? demanda Henry.
– C’est une longue histoire, soupira Edith. Je ne connais pas tous les détails, mais la Sage du Clan craint pour d’autres enfants du Clan. Elle n’a expliqué que brièvement pourquoi.
– De quel clan s’agit-il ?
 demanda, curieuse, Blanche.
– Le Clan Distorsion, répondit Félix. C’est un Clan millénaire de Sinnoh.
– Oui, et si, comme vos dires semblent le confirmer, on tente d’enlever des enfants de notre clan, il faut à tout prix empêcher ce Cirque de nuire.
– Attendez ! Je ne fais pas parti de ce Clan, moi !
 précisa Henry. Pourquoi avoir enlevé ma fille ?
– Je ne sais pas… Des tests, peut-être ? ou bien…


Edith s’arrêta, n’osant aller plus loin dans ses hypothèses.

– A vrai dire, la Sage ne m’a pas expliqué clairement pourquoi on enlèverait des enfants du Clan… Mais elle m’a confié une mission, et je dois m’y mettre. Miranda, Félix, vous devriez rejoindre le QG. Moi, je pars retrouver Ludwig et Eden, à Hoënn. Eux aussi ont une fille. Il faut assurer leur protection.
– Attendez !
 dit Henry. Nous aussi on veut participer.
– Ça ne concerne que notre Clan.
– Ma fille aussi a été enlevée !


Edith resta interdite. Elle adressa un regard interrogateur à Félix et Miranda, toujours dépités par l’annonce.

– Bon… d’accord. Vous ! dit-elle en pointant Blanche du doigt.
– Moi ? sursauta la Championne. Quoi ?
– Vous allez accompagner Félix et Miranda jusqu’au QG du clan. Ils sont sous votre protection.
– Je … d’accord.
– Vous parliez aussi d’un autre Champion qui veut bien vous aider s’il y a de la baston ? Il faudra peut-être aller le chercher.
– Je veux bien m’en occuper
, intervint Hector.
– Et vous, dit elle en désignant Henry, vous venez avec moi.

Henry ne dit rien. Qui était cette jeune fille pour parler si assurément ? Il resta un moment interdit, un peu contrarié de devoir obéir à cette inconnue, si jeune de surcroit. Mais elle semblait avoir des informations importantes. Finalement, il acquiesça.

Comme ils finissaient de répartir les rôles, Blanche ressentit à nouveau cette désagréable sensation d’être observée. Mais elle ne vit rien. Alakazam était déjà reparti.




– Bravo, mon ami !

Le Directeur jubilait. Les informations ramenées par Alakazam étaient précieuses. Certes, cette vieille folle se doutait déjà de quelque chose, mais qu’importe ! Elle avait envoyé un guide pour les aider à retrouver la trace d’un autre enfant du Clan Distorsion. Alakazam était fier de son travail. Il avait prouvé qu’il était encore utile à la Troupe.

– Nous les pisterons bientôt ! Mais avant qu’ils n’arrivent à Hoënn, nous avons encore un peu de temps pour nos représentations et nos affaires. D’ailleurs… J’ai cru comprendre que ce jeune garçon, Hector, était désormais seul, c’est ça ?

Le Magicien acquiesça. Le Champion d’Ecorcia allait chercher l’aide du Major Bob, mais était actuellement seul.

– Parfait. Je vais te demander une dernière chose. Ramène le moi.

Sur ce coup, Alakazam n’était pas d’accord. Il n’avait donc pas prouvé sa valeur ? Et puis, au fond de lui, Alakazam détestait faire ça. C’était toujours à contrecœur qu’il aidait aux enlèvements et n’y participait que rarement d’ailleurs depuis l’arrivée de Psystigri. Lui, il aidait à transporter le chapiteau, c’est tout.

– Allons allons, mon vieil ami… Tu ne voudrais pas que je rende à Psystigri sa mémoire, tout de même ?

Alakazam était saisit d’horreur devant les dires du Directeur. En effet, Psystigri avait appartenu à une petite fille avant de rejoindre la Troupe. C’est Alakazam qui l’avait ramenée au Directeur après avoir défait celui qui allait devenir son assistant. Psystigri aurait du finir dans le ventre d’Estom, mais le Magicien, ayant perçu son potentiel, était intervenu. Le Directeur avait donc accepté d’effacer certains moments de la mémoire de Psystigri, qui s’était jointe à la Troupe. C’est aussi depuis ce jour qu’Alakazam ne participait plus aux enlèvements. Mais si le chaton apprenait la vérité… il serait capable de tuer Alakazam, dont les pouvoirs ont bien régressé depuis leur dernier affrontement.

– Rapporte le moi. C’est la dernière fois que je te demande ce genre de mission.

Baissant la tête, Alakazam se téléporta.




Hector était presque arrivé à Joliberge. Il avait beaucoup marché depuis leur rencontre avec Edith, Miranda et Félix. Il devait revenir au plus vite à Carmin-Sur-Mer, pour prévenir le Major Bob. En effet, ce vieux soldat n’ouvrait que rarement son Pokématos et cela tenait du miracle qu’il ait prévenu Blanche la dernière fois.

Alors qu’il marchait rapidement, il s’arrêta brusquement. Devant lui, Alakazam marchait droit dans sa direction, lentement. Hector ne bougea pas pendant quelques secondes, avant de reconnaitre le Magicien qu’il avait vu à Joliberge, parmi les autres Pokémon du Cirque Madyapno. Il attrapa ses quatre pokéballs et les lança en l’air, invoquant l’aide de Cizayox, Dardargan, Caratroc et Yanméga.

Hector savait qu’il avait l’avantage du type. Tout de suite, ses Pokémon, excepté Caratroc, foncèrent sur le Magicien… Qui disparut aussi soudainement qu’il était apparu.

Les trois insectes jetaient des regards partout autour d’eux, cherchant Alakazam. Caratroc, resté en retrait au cas où avec Hector, les imita. Hector déglutit. Que voulait-il ? Pourquoi était-il là ? Le Cirque était-il revenu à Joliberge ?

Cizayox, qui avait été son premier Pokémon, lança soudainement un cri. Il regardait en direction d’Hector. Son dresseur comprit, mais trop tard. Il tourna légèrement la tête. Alakazam se tenait juste derrière lui. Il posa sa main sur son épaule et, alors que Cizayox volait, désespéré, vers eux, ils disparurent.




Lorsqu’Hector se réveilla, il était assis sur une chaise dans une caravane éclairée par quatre Mélancolux. On l’avait complètement déshabillé. Le Directeur, l’homme qu’il avait vu à Joliberge, le chef des kidnappeurs, était devant lui. Il ne pouvait voir son visage, pourtant, Hector sentait qu’il le regardait intensément.

– Quel âge as-tu ? 
– Allez-vous faire voir
, répondit Hector avec défi.
– Tu es encore mineur, c’est évident. Mais tu es plus vieux que mes jouets habituels.

Hector resta silencieux. La chaise et la corde le démangeaient. Si seulement il le pouvait, il lui mettrait son poing dans la face. Il aperçut ses vêtements, pliés, dans un coin. Il commençait à comprendre ce que le Directeur lui réservait.

– Je vous interdis de me toucher. 
– Ce n’est pas toi qui décide. 
– Vous êtes un monstre ! 
– Oui… Et ce monde craint les monstres…


Le Directeur se leva de sa chaise. Il enleva alors sa capuche, laissant Hector, tétanisé, voir son visage.

– Ce monde craint les monstres, les rejettent. Alors que tout ce que nous voulons, c’est vivre paisiblement. Alors, rejeté, j’ai fondé ce Cirque… Pour deux raisons. La première : changer le monde. La seconde… m’amuser. Vivre!

Sa main attrapa la tête d’Hector, l’empêchant de bouger ou de fermer les yeux…

– Obéis-moi.

A l’extérieur de la caravane, Estom attendait. Avec un peu de chance, le Directeur lui donnerait l’enfant, une fois qu’il aurait terminé.
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Mer 3 Mai - 17:44

Chapitre 5: Les sentiments d'un Lanceur de couteaux



Lors des représentations de la Troupe, l’interprétation de Scalproie était toujours suivie de celle de Grodoudou. Le premier était un spécialiste dans l’art du lancer de couteaux. Grodoudou, elle, possédait une voix enchanteresse. On aurait dit une diva internationale. Ainsi, au travail de précision et démonstration de force suivait une douceur innocente.

Tout semble séparer les deux Pokémon. Pourtant, ils ont plusieurs points communs. Les deux vivaient à Unys et ont été trahis par des humains. Scalproie, alors qu’il était un Scalpion, appartenait à une petite fille. Mais les parents de cette dernière ne voulaient pas de Scalpion et ils obligèrent la petite fille à l’abandonner. Les adieux furent chargés en émotion, lui, attaché à un arbre, et elle, tentant de le rejoindre mais entrainée par la main de son père. Scalproie en eu à jamais le cœur brisé.

Grodoudou, elle, avait cependant vécu bien pire. Sa propriétaire souhaitait divorcer d’un mari violent. Celui-ci, par vengeance, voulu défigurer son ex-compagne en lui envoyant du Vitriol au visage. A elle d’invoquer, à ce moment précis, son Pokémon afin de s’en servir comme bouclier vivant. Défigurée à jamais, Grodoudou fut ensuite abandonnée par cette femme qui ne voulait plus d’elle.

Peu de temps après leur abandon, les deux Pokémon rencontrèrent la Troupe et s’y joignirent.

Venant tous les deux de la même région, ayant tous les deux été trahis, Grodoudou et Scalproie devinrent rapidement de bons amis au sein de la Troupe. Force et douceur, duo d’exception. C’est d’ailleurs Scalproie qui, voyant Grodoudou déprimée du regard des autres, lui proposa un masque d’Arlequin pour cacher les cicatrices de son destin brisé.

Depuis des années, les deux Pokémon d’Unys prestent pour la Troupe. Ils forment un duo dans les missions imposées par Le Directeur. Même s’ils n’apprécient pas toujours ce qu’il leur demande, ils s’exécutent sans faillir pour celui qui leur a permis de reprendre leur vie en main.

Ce jour-là, la Troupe est de retour à Unys. Même si le Directeur est de plus en plus excité par son Projet, il juge qu’ils ont encore un peu de temps pour mener à bien quelques représentations. Pendant que le chapiteau est monté par les deux magiciens, Pingoléon, Estom et Mackogneur, les autres membres de la Troupe accompagnent le Directeur pour un tour en ville, afin d’ameuter du monde le soir.

Ils avançaient calmement, saluant la populace en montrant une partie de leurs nombreux talents. Devant, la voiturette du Directeur annonçait la venue du Cirque en ville. Mais personne ne pouvait voir qui se trouve à l’intérieur. Il a toujours désiré garder son identité secrète. Les enfants, les hommes et les femmes regardaient la Troupe passer. Tous étaient particulièrement impressionnés par l’étrange Dodrio aux quatre têtes. Si les Clowns et les Acrobates exécutaient quelques pitreries, Scalproie et Grodoudou se contentaient d’avancer en saluant les gens.

Mais soudain, Grodoudou se cogne à Scalproie, ce qui faillit faire tomber son masque. Elle leva les yeux en le réprimandant. Mais le Lanceur de Couteaux n’écoutait pas. Il regardait la foule, immobile, comme tétanisé. Grodoudou porta son regard sur les spectateurs à son tour. Scalproie fixait une jeune femme, blonde, qui devait avoir 18 ou 19 ans. Elle portait une casquette verte, un débardeur blanc et un jeans. Voyant que le reste de la Troupe avançait sans eux, Grodoudou tira par la main son ami, quoique avec quelques difficultés.

De retour au Chapiteau, Scalproie, qui n’avait rien dit depuis, se dirigea directement vers la caravane du Directeur à laquelle il frappa. Grodoudou le suivait, intriguée par son étrange comportement.

– Il y a un problème ?

Le Directeur était derrière eux, toujours emmitouflé dans ses habits, le corps impossible à voir. Il n’avait même pas eu le temps de retourner dans son bureau. Scalproie lui adressa un regard décidé, alors que Grodoudou exprimait son ignorance en haussant les épaules.

– Vu ta précipitation, Scalproie, je suppose que c’est important.

Il passa devant eux, ouvrit la porte et les invita à entrer. Sans attendre, Scalproie pénétra à l’intérieur. Il ne s’assit pas sur la chaise présentée par le Directeur. Grodoudou, ne comprenant toujours pas, entra elle aussi.

– Explique-nous, Scalproie, demanda le Directeur.

Scalproie entama alors ses explications et tout devint clair aux yeux de Grodoudou. La jeune fille de la foule, Scalproie en était sûr, était son ancienne propriétaire. Il avait reconnu son visage, ses cheveux, sa posture, et même sa casquette, simplement, elle avait vieilli.

Le Directeur resta un moment silencieux, comme plongé dans ses réflexions.

– Très bien Scalproie. Pour toutes ces années de bons et loyaux services, j’accepte de te faire un cadeau. Toute la Troupe s’y mettra. Je suppose que Grodoudou sera ravie de nous aider, cette fois-ci.

Grodoudou acquiesça, adressant un grand sourire à son ami. Scalproie se retenait de pleurer d’émotion. Il allait enfin retrouver sa dresseuse !

*

* *

– Ludwig et Eden Stones ? répéta Henry.
– C’est ça, confirma Edith.

Le Pokéathlète et la mystérieuse jeune fille étaient sur un bateau, le Vaillant, en direction d’Hoenn. Edith était restée muette sur bien des choses et venait enfin de cracher le morceau concernant l’identité du couple qu’ils devaient chercher.

– Ludwig est un excellent dresseur, l’un des meilleurs du Clan. Eden est une peintre assez connue à Hoenn et Sinnoh. C’est leur fille, Rosa, qui court un danger.
– Et concernant votre fameux Clan Distorsion ?
– Désolée, mais je ne peux rien dire.
– Mais je suis de votre côté ! s’énerva Henry.
– Je sais… Mais la Sage m’a demandée de tenir le secret.

Henry se renfrogna. Edith parlait de cette Sage comme si c’était une Reine. Mais elle se refusait à dévoiler son identité. Apparemment, c’était pourtant quelqu’un de connu et d’influant… Du peu qu’il en savait, Henry pensait que cette Sage avait bien des points communs avec le Fameux Directeur du Cirque Madyapno.

– Vous n’allez pas encore râler !? Allez, venez, on va s’entrainer.
– Mouais… mais avant, je veux juste passer un coup de fil.

Le bateau possédait plusieurs pièces consacrées aux combats Pokémon. Edith et lui avaient eu ainsi l’occasion de s’entrainer ensemble à plusieurs reprises. La jeune fille était une formidable dresseuse. A l’instar d’Hector, elle avait déjà beaucoup d’expérience en combat pour son âge. Elle possédait un Pyrax, un Scorvol, un Branette et un Togekiss, tous très puissants. Henry, Elektek, Emolga et Caninos avaient déjà beaucoup progressé sur ce bateau. Le souvenir de Joliberge était pourtant toujours bien présent. Et c’est d’ailleurs pour prendre des nouvelles de Séviper qu’il appela le Centre Pokémon de cette ville portuaire par PC. L’écran projeta ainsi en direct les images du Centre.

– Mademoiselle l’Infirmière, c’est encore moi.
– Ho, Henry… répondit elle.

Voyant sa mine triste et désolée, le Pokéathlète comprit que quelque chose n’allait pas. Il déglutit.

– Il est arrivé quelque chose à Séviper ?
– Henry… je suis désolée. Nous avons fait tout ce que nous pouvions. Il est mort ce matin.

Une larme perla aux yeux d’Henry. Il l’essuya directement, ne voulant montrer son moment de faiblesse.

– Je vois… Merci tout de même … d’avoir essayé…
– Je regrette vraiment, vous savez et …

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’elle était poussée de devant la caméra par un Cizayox, qu’Henry reconnut tout de suite comme étant le partenaire de son frère.

– Cizayox !? Mais … Hector est là ?

Cizayox baissa la tête en serrant ses pinces. Saisi d’un mauvais pressentiment, Henry recula d’un pas.

– Que s’est-il passé ?

Cisayox lui montra alors une feuille de papier. Il avait grossièrement dessiné dessus l’image d’un chapiteau de Cirque.

*

* *


– Ha te voilà ! Je commençais à m’impatienter !

Edith l’attendait dans une des salles d’entrainement. Pyrax et Scorvol étaient en dehors de leur Pokéball. Henry ne répondit rien et s’avança devant Edith, en position de combat. Il avait le visage déformé par la rage et serrait fort une Pokéball dans sa main.

– Il y a un problème ? demanda la jeune fille, inquiète.
– Un problème ?

Henry éclata de rire. Mais ce n’était pas un rire franc. Cela s’apparentait plutôt à celui d’un fou. Puis, subitement, il éclata en sanglots.

– Le problème, c’est que nous allons nous venger de ces enfoirés !

Il lança la pokéball en l’air, invoquant le Cizayox de son frère. Celui-ci avait désormais un but semblable à celui d’Henry. Unis dans la douleur et la haine, ils seront partenaires dans la vengeance.

*

* *


Le soir était venu. La Troupe avait agit très vite pour concocter leur plan. Xatu avait repéré le domicile de la fameuse dresseuse et on lui avait adressé une place gratuite ainsi qu’une lettre. Dans celle-ci, on lui annonçait qu’elle avait la chance d’avoir remporté non seulement un spectacle gratuit, mais aussi une rencontre plus personnelle avec la Troupe à la fin de la représentation. Une fois arrivée, Pingoléon l’avait prise en charge, lui expliquant qu’elle devrait attendre quelques minutes après la fin du spectacle. Elle s’était contentée d’acquiescer.

Lors de la représentation, tout s’était déroulé normalement. Scalproie, se sentant observé par son ancienne amie, redoubla d’effort et fut encore plus spectaculaire qu’à l’accoutumée. Grodoudou, elle, avait beaucoup observé la jeune fille. A première vue, elle voyait en elle quelqu’un de gentil, de franc. Elle éclatait de rire et exprimait son étonnement avec aisance. Scalproie en avait, de la chance…

Puis, Pingoléon annonça la fin du spectacle. Les spectateurs commencèrent à quitter leur place. La dresseuse, elle, attendait.

Dès qu’elle fut seule, tous les acteurs se rassemblèrent au centre du chapiteau. Le Directeur lui-même s’était déplacé.

– Bon, comment se passe cette rencontre ? demanda la dresseuse.

S’en suit un moment de silence. Puis, comme convenu, Mackogneur et Estom s’avancèrent vers elle.

– Attrapez-la, lança le Directeur.

Les deux Pokémon s’élancèrent. Mais la dresseuse réagit très vite. Elle lança une Pokéball, invoquant un Feurisson.

– Brouillard !

Tout comme Henry l’avait fait auparavant, elle avait décidé d’empêcher ses agresseurs de la voir. Pris d’une quinte de toux, Estom et Mackogneur restaient sur place. Personne ne pouvait apercevoir la jeune fille et Feurisson. Et quand Pingoléon dissipa le brouillard avec ses ailes, elle avait disparu.

– Merde… dit Pingoléon. Décidément …
– Elle n’est pas partie bien loin. Séparez-vous et attrapez-la.

La jeune dresseuse courrait. Elle était sortie du Chapiteau. Voyant la tête du Coudlangue et du Mackogneur, elle avait été saisie d’un mauvais pressentiment. Elle se passerait bien de cette fameuse rencontre… Feurisson courrait aussi à ses côtés, mais ils s’étaient perdus au milieu des roulottes. Par où était Flocombe ? Vers où aller ?

Alors qu’elle s’était réfugiée avec Feurisson derrière une roulotte, celui-ci lança une plainte déchirante. Elle baissa les yeux pour le regarder. Son pokémon avait un couteau planté dans le crâne, mort.

Scalproie s’avançait vers elle. Il avait tant espéré être celui qui la retrouverait. Dans ses mains, plusieurs couteaux, simple précaution. La jeune fille recula et trébucha. Son visage exprimait clairement la peur. Scalproie aurait voulu lui dire de ne pas s’en faire, qu’il était son ami, qu’il ne lui ferait aucun mal ! Que la mort de son Pokémon était un mal nécessaire pour leurs retrouvailles ! A terre, la dresseuse rampait pour s’éloigner. Le lanceur de couteaux, lui, tendait sa main, comme pour l’aider.

Puis brusquement, elle invoqua un nouveau pokémon. Il s’agissait d’un Gallame, qui se dressait devant Scalproie. Celui-ci, surpris par l’invocation soudaine, encaissa un Casse-brique qui le fit voler deux mètres plus loin. Lorsqu’il se releva, la jeune fille venait d’adresser quelques mots au Pokémon avant de prendre à nouveau ses jambes à son cou.
Scalproie se releva et attrapa sa collection de couteaux. Gallame était en position de combat. Une lourde bataille allait suivre. Mais rien n’empêchera Scalproie de retrouver son amie.

*

* *


La dresseuse courrait, courrait et courrait encore. Elle était parvenue à quitter les roulottes et s’éloignait du Cirque. Elle paniquait, des larmes aux yeux. Elle avait confiance en Gallame, mais ce Scalproie n’avait pas eu de souci à tuer son Feurisson. Ce Cirque était vraiment dangereux ! Mais pourquoi elle ? Qu’avait-elle fait ?

Alors qu’elle courrait, une douce musique retentissait à ses oreilles. Une musique triste et belle à la fois. Elle continue de courir, puis ralentit. Au rythme de la musique, la dresseuse perdait ses forces, petit à petit. Puis elle tomba à genoux. Elle n’avait plus la force d’avancer. Ses paupières se faisaient lourdes et elle finit par tomber de sommeil. La douce musique continua encore un instant, puis Grodoudou, qui la suivait, sortit de sa cachette.

– Bon travail, Grodoudou.

Grodoudou sursauta. Elle-même avait été suivie par le Directeur, au-dessus duquel flottaient les quatre Mélancolux. Comment avaient-ils fait pour ne pas s’endormir au son de sa berceuse ?

– Si tu le veux bien, j’aimerai m’entretenir quelques secondes avec notre invitée. Ho, ne t’inquiète pas, elle est trop âgée, je ne lui ferai aucun mal. Seul le bonheur de Scalproie m’intéresse ici.

Grodoudou hésita quelques secondes avant de s’écarter du chemin pour laisser passer le Directeur. Celui-ci s’assit devant la dresseuse, dos à Grodoudou. Cette dernière ne pouvait voir ce qu’il faisait ni entendre ce qu'il racontait.

Soudain, autre chose attira l’attention de la Chanteuse. La dresseuse avait fait tomber un étui en cuir. Elle le ramassa et regarda à l’intérieur. Elle y trouva sa Carte Dresseur. Mais quelque chose clochait…

Alors que le Directeur se relevait, Scalproie arrivait. Il était apparemment blessé au bras et saignait à la tête. Mais il était sorti vainqueur de son combat à mort contre Gallame. En ce moment même, Estom effaçait les preuves.

– Ha te voilà ! Justement, Grodoudou à réussi à arrêter ton amie. Et je viens à l’instant de tout lui expliquer. Elle va se joindre à notre Troupe.

A ces mots, la jeune dresseuse, bien réveillée, se releva. Elle avait le regard complètement vide, dénué d’expression. Elle regarda Scalproie et se dirigea vers lui. Le Lanceur de couteaux se précipita et la prit dans ses bras, illusionné par le bonheur.

Grodoudou se rapprocha du Directeur. Elle lui montra la Carte Dresseur de la jeune fille, pointant la case « origines ». Si Grodoudou ne savait pas lire, elle avait déjà vu à plusieurs reprises le nom des différentes régions et elle était capable de les reconnaitre. Et ici, il était indiqué que la dresseuse venait de Kalos. Par conséquent, elle ne pouvait être la dresseuse de Scalproie.

– Oui… je sais, chuchota Le Directeur d'un air absent. Mais tu ne veux quand même pas gâcher le bonheur de ton ami ?

Grodoudou regarda la scène. Scalproie semblait si heureux, plus qu’elle ne l’avait jamais vu. La Chanteuse baissa les yeux, en signe de soumission.

– Tu as été vraiment formidable aujourd’hui, Grodoudou. Tu participeras à la prochaine mission, une mission très importante. Je compte sur toi.

Puis le Directeur repris le chemin du Cirque. Grodoudou continua un instant à regarder son ami et la dresseuse qu’il pensait avoir retrouvée. Le doute commençait à s’installer dans son esprit.

A la semaine prochaine pour "Les doutes de la Chanteuse"
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Jeu 4 Mai - 5:34

ditto c'est bien sympa comme histoire, je suis bien rentré dedans ^^ vivement la semaine prochaine!
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Mer 10 Mai - 15:34

Chapitre 6: Les Doutes de la Chanteuse


Ce matin-là, le Directeur avait convoqué toute la Troupe. Ce genre de rassemblement était rare. Les Pokémon formaient un demi-cercle au centre duquel se tenait, toujours aussi emmitouflé, le Directeur. 

Mes amis, le jour est venu ! Ma bataille… Notre bataille commence enfin !

La Troupe restait silencieuse. La plupart d’entre eux ne connaissaient même pas l’objectif final du Directeur. Seuls Pingoléon, Estom, Dodrio et Mackogneur semblaient être dans le secret.

Lorsque notre Objectif sera atteint, ce monde qui nous a rejeté ne sera plus jamais le même ! Finies les injustices ! Au diable les humains ! Mais nous avons encore bien du trajet à accomplir. Et aujourd’hui, nous allons faire un pas de géant !

Grodoudou frissonna. Au diable les humains ? Elle jeta un coup d’œil à Scalproie. Il tenait la main à la dresseuse capturée quelques jours avant. Elle avait toujours la même expression vide que ce fameux soir.

Nous avons plusieurs missions à effectuer, continua le Directeur. Nous allons donc faire trois groupes à qui je donnerai de plus amples explications. Le premier groupe sera mené par Estom et Dodrio. Grodoudou, Scalproie et Xatu s’y joindront. Mackogneur, Alakazam, Chimpenfeu et Massko s’occuperont de la mission suivante. Les autres seront sous les ordres de Pingoléon.
- Vous avez entendu le Directeur ? 
demanda Mr Loyal. Alors regroupez-vous ! Nous allons tout vous expliquer.

Grodoudou se dirigea vers Estom et l’oiseau aux quatre têtes, bientôt suivie par Xatu, Scalproie et la dresseuse. Ils furent les premiers à recevoir les ordres du Directeur. Le plan glaça d’horreur le sang de Grodoudou.

*
*      *

Henry et Edith étaient enfin arrivés à Poivressel, à bord du Vaillant. C’était là que vivaient Ludwig et Eden Stones, d’après ce qu’en savait la jeune fille. Sans plus attendre, ils se dirigèrent vers l’adresse que le Clan leur avait communiquée et, sur place, frappèrent à la porte. Une femme, avoisinant la quarantaine, rousse, en tablier, ouvrit la porte et laissa échapper une exclamation de surprise.

Edith ! Ça par exemple !
- Bonjour Eden.
- Viens, entre donc !
 enchaina la rousse en s’écartant pour la laisser passer. Et vous aussi, monsieur.

Ils entrèrent dans la maison des Stones. Henry remarqua, un peu embarrassé, qu’Eden le regardait d’une bien étrange façon, même si elle ne disait rien du fond de sa pensée. Ludwig, son mari, un homme du même âge, grand, aux cheveux bruns et à la moustache bien peignée, débarqua à son tour, glissant sa tête par curiosité. Il reconnut aussi Edith et l’embrassa sur la joue avant de l’inviter à le rejoindre dans le salon.

Une fois qu’ils furent tous rassemblés dans des fauteuils, la conversation commença.

Ta grand-mère a fini par te laisser partir à l’aventure, Edith ? demanda Ludwig.
Non non, pas encore, soupira-t-elle. En fait, je suis ici en mission pour le Clan.
- Pour le Clan ?
 répéta Eden. Mais qui est ton ami ? Il n’est pas des nôtres, si ?
Je m’appelle Henry, je viens de Jotho, précisa l'intéressé. Si je suis ici, c’est parce que votre affaire me concerne aussi.
- Avant de continuer, je dois vous demander où est Rosa.
- Rosa ?
 demanda, intriguée, Eden. Pourquoi ?
- D’après ce qu’on en sait, elle courrait un grave danger
, dit Henry.
Elle est en ce moment au Concours Pokémon de Poivressel, à l’autre bout de la ville. Elle est coordinatrice.
- Et une très talentueuse pour son âge !
 précisa Eden. Comme moi en peinture !
- Mais quand vous parlez de danger, qu’est-ce que c’est exact…


Ludwig fut interrompu par le téléphone. Celui-ci sonnait un air d’Hoenn qu’Henry n’avait jamais entendu. Ludwig s’excusa et décrocha. Ni lui ni sa femme ne semblaient prendre au sérieux l’histoire d’Edith et Henry. Au téléphone, Ludwig Stones acquiesça à quelques reprises, puis déposa le combiné.

Je vous prie de m’excuser, mais il y aurait un Scalproie en ville qui lance des couteaux sur tout ce qui bouge ! La police à besoin de moi !
- Quoi ? Attendez !


C’était trop tard, Ludwig était déjà dehors et courrait dans la direction indiquée par la police. Après tout, l'homme était un dresseur d’exception très connu à Poivressel.

Un Scalproie à Hoenn, c’est pas banal, ça ! dit Eden en s'étirant. Hé, mais vous en faites une de ces têtes !
- Ils sont là… 
dit Henry. Il y avait un Scalproie dans ce Cirque…
- Quoi ?
 dit Eden décontenancée.
On fonce ? demanda Edith en regardant le pokéathlète.
On fonce !

Ni une ni deux, ils se relevèrent et, sans rien ajouter, prirent la direction de la Salle de Concours de Poivressel.

Hey ! leur cria la peintre. Ben qu’est-ce qui se passe ?

*
*      *


Un jeune coordinateur répétait une dernière fois son numéro de jonglage avec ses deux partenaires, Gobou et Négapi. C’était bientôt leur tour d’entrer sur scène et de montrer ce qu’ils savaient faire. En ce moment-même, une fillette du nom de Rosa Stones et son Roselia étaient sur la piste. Le garçon, lui n’attendait que le feu vert. Ils étaient les derniers à passer et donc les derniers dans la salle d’attente. D’habitude, il restait toujours un membre du personnel de sécurité, mais il avait apparemment été appelé d’urgence pour un cas grave.

Le dresseur adressa un signe à ses Pokémon. D’après l’écran, Rosa avait presque terminé son numéro de qualification. Autant déjà se diriger vers la scène. Gobou et Négapi approuvèrent et, tout excités, passèrent devant. Les deux Pokémon poussèrent la porte avec entrain.

Estom se tenait juste devant eux. Le dresseur et ses Pokémon restèrent immobiles en le fixant. Puis, soudain, la langue du monstre jaillit, attrapa Négapi et Gobou et, avant que leur propriétaire ne puisse réagir, il les avala, mordant d’un coup sec. Le sang des deux Pokémon coulait des lèvres du Coudlangue monstrueux.

Le gamin cria de toutes ses forces, il essaya de faire volte-face, pour fuir, mais la langue le retenait déjà par le bras. La salive de Coudlangue brûlait sa peau et ses vêtements. Il hurla à nouveau, mais c’était déjà trop tard.

Son corps était déjà bien entamé quand Dodrio rappela Estom à l’ordre. Il se releva, essuya un peu sa figure avec sa langue et le suivit lui et Grodoudou, direction la scène, leur milieu naturel.

*
*      *


Et maintenant, pour clore nos qualifications, voici Simon Kaimis et son numéro de jonglage!

Aux dires de la présentatrice, les regards se tournèrent vers la porte d’où sortaient tous les coordinateurs. Rosa Stones, qui venait de finir sa prestation avec succès, s’était rangée sur le côté et observait. Mais personne ne venait.

J’ai dit, voici Simon Kaimis ! répéta la présentatrice.

Les murmures commençaient dans la foule. Le trac avait-il eu raison du jeune homme ? 

Enfin, la porte s’ouvrit. Mais c’était le Grodoudou masqué, Dodrio et Coudlangue qui entrèrent. Tout le monde se taisait, même la présentatrice. On fixait surtout le Dodrio. Les trois Pokémon regardaient autour d’eux, comme cherchant quelque chose. Enfin, Grodoudou pointa le bras vers Rosa et les deux autres la regardèrent avant de se diriger vers elle.

Qui sont ces Pokémons ? On dirait qu’ils ont reconnu un de nos concourants ! déclara la présentatrice. Ho, et un de nos juge s’est levé pour mieux voir et HO PUTAIN DE SA MERE !

Le juge qui s’était en effet approché pour voir ce qu’il se passait venait de subir une quadruple attaque Tunnelier de la part de Dodrio. Projeté plus loin, en sang, il ne bougeait plus. A partir de ce moment, la panique agita l’assemblée. Les autres juges et les coordinateurs voulurent réagir, mais Grodoudou lança un puissant Mégaphone qui les étala contre les murs proches. Puis, lorsqu’Estom se mit à dévorer le juge, tout le monde commença à prendre ses jambes à son cou, la présentatrice devant.

Rosa, elle, ne pouvait fuir. Les trois Pokémons l’avaient encerclée et Dodrio la menaçait de ses quatre têtes, chargé de l’empêcher de partir. Elle et son Roselia furent bientôt seules face aux membres de la Troupe.

Acculée au mur, la coordinatrice ne pouvait pas s'enfuir. De toute évidence, c’est après elle que ces monstres en avaient, mais pourquoi ? Son pokémon souhaitait la protéger et se tenait prêt à contre-attaquer face à Dodrio. Mais, Rosa le savait, les combats, ce n’était pas vraiment sa tasse de thé.

Fuis, Roselia !

Mais le Pokémon ne bougeait pas. Grodoudou, elle, regardait la dresseuse et son partenaire qui se dressait courageusement face à Dodrio. Elle devait avoir un lien très fort avec son Pokémon. Malgré qu’elle soit en danger, Rosa n’hésitait pas à demander à son amie de fuir, et celle-ci refusait. La Chanteuse, c’est sûr, aurait souhaité avoir de tels liens avec quelqu’un…

Puis, sans crier gare, la langue d’Estom attrapa Rosélia comme un crapaud attrape une mouche. La plante se débattait vivement, sans succès. Il la glissa lentement dans sa gueule.

NON ! cria Rosa.

Roselia lui adressa un dernier sourire qui se voulait rassurant, mais déchanta très vite lorsque, sous la pression de la mâchoire d’Estom, elle fut coupée en deux. Sa dresseuse hurla et tomba à genoux, pétrifiée d’horreur. Grodoudou se sentait mal, très mal. Quelle douleur devait subir cette humaine…

Dodrio regarda Grodoudou d’un air menaçant. C’était à elle, maintenant. La Chanteuse hésita, puis entama sa Berceuse. Rosa, en larme, perdit ses forces et s’endormit, sans pour autant arrêter de pleurer.

Dodrio et Estom furent réveillés, comme le plan le voulait, par des baies Marrons qu’ils avaient emportées. Puis, tel un serpent constricteur, la langue d’Estom s’enroula autour de Rosa endormie. Sous l’effet de la salive, les vêtements commençaient à se décomposer, lentement. Les trois Pokémon commencèrent à se diriger vers la sortie, pour rejoindre Xatu et se téléporter.

Mais deux personnes venaient d’arriver. Il s’agissait d’Edith, qui reprenait son souffle, et d’Henry, la rage aux yeux. Scorvol, Elektek et Cizayox étaient de sortie eux aussi. La Troupe s’arrêta un instant. Dodrio fixait Henry de ses quatre paires d’yeux. L’une des têtes s’adressa à Estom. Celui-ci parut déçu. Puis, sans plus attendre, l’oiseau chargea en faisant tourner ses quatre becs, telles des vrilles, en direction d’Henry.

Elektek tenta de l’arrêter avec Tonnerre, mais l’oiseau ne semblait pas souffrir plus que ça. Finalement, ce furent les efforts conjugués de Cisayox et Scorvol qui arrêtèrent l’oiseau en le faisant chuter après l’avoir attrapé par les pattes. 

Il s’enfuit avec Rosa ! cria Edith.

Estom se dirigeait en effet vers la sortie, la jeune fille toujours ligotée par sa langue. Henry adressa un signe à Elektek qui couru pour l’interrompre. Mais c’était sans compter un Mégaphone de Grodoudou, qui l’interrompit dans sa course.

Merde ! jura Henry.
Alors c’est ça, ce fameux Cirque, murmura Edith. Donnons-leur une bonne leçon !
- Plus facile à dire qu’à faire. Tu te souviens de ce que je t’ai dit à propos du Dodrio ?
- Les têtes qui repoussent ?


L’oiseau en question s’était relevé et affrontait Cizayox et Scorvol. Seul contre deux, il portait pourtant plus de coups que ses adversaires. Rapide, puissant, coordonné, ce Pokémon était bâti pour tuer. Elektek, lui, affrontait Grodoudou de son côté. Ils étaient plus ou moins à égale puissance.

Je sais ! s’exclama Edith.

Elle invoqua son Branette. Henry la regarda, perplexe.

Tu sais quoi ?
- On va lui couper ses quatre têtes à la fois !
- Tu es sûre que …
- Branette, comme Grand-Mère t’a appris !


Les yeux du spectre s’illuminèrent et son ombre commença à bouger. Elle se dirigea vers Dodrio et sortit du sol brusquement, saisissant l’oiseau de surprise et littéralement. Il était momentanément incapable de fuir mais se débattait. Branette semblait avoir du mal à le retenir. 

Maintenant ! Scorvol !

Scorvol se prépara à lancer une attaque tranche-nuit, visant deux têtes. Henry cria à Cizayox de l’imiter. Puis, ensemble, ils tranchèrent les quatre têtes qui retombèrent dans un bruit sourd. Le corps lui aussi tomba à genoux avant de s’écrouler, une fois libéré de l’emprise des ombres de Branette.

On l’a eu ! s’exclama Edith.
Ouais ! Bien jou…

Mais Henry ne continua pas sa phrase. Les Pokémon venaient de reculer devant le spectacle qui s’offrait à eux. Le corps sans tête se releva et de nouveaux cous, ainsi que de nouvelles têtes, commencèrent à pousser de la même façon qu’à Joliberge. Très vite, huit nouvelles paires d’yeux aux éclats rouges fixaient le groupe avant que Dodrio ne crie de rage.

Putain de merde ! s’exclama Edith.
Bien joué… dit Henry cyniquement. On a un monstre encore plus dangereux maintenant.
- Je pensais que c’était une bonne idée !


Elle invoqua son Pyrax et Henry appela son Emolga à l’aide. Ils se joignirent à Cisayox et Scorvol pour combattre le redoutable Dodrio aux huit têtes. Les ombres de Branette tentaient à nouveau de l’attraper, mais Dodrio l’esquivait, l’une de ses têtes étant désormais sollicitée exprès pour le repérer. Même à cinq contre un, Dodrio restait redoutable.

Pendant ce temps, Elektek continuait à combattre la Chanteuse. De ses Mégaphones, Grodoudou le tenait à l’écart pour éviter les coups physiques, mais elle ne pouvait esquiver les Tonnerres qu’il lui réservait. Elle se mit alors à entamer son attaque Berceuse.

L’acoustique de la salle ayant été pensé pour qu’on puisse facilement s’entendre, la Berceuse pouvait affecter tout le monde. Edith et Henry se bouchèrent les oreilles, imités par leurs Pokémons, excepté Pyrax qui fut rapidement rentré dans sa Pokéball. Mais Dodrio, lui, n’avait pas de quoi faire.

Aussi se précipita-t-il vers la Chanteuse en lui assénant une attaque Tunnelier. Grodoudou interrompit sa Berceuse sous la douleur. Dodrio la regarda avec colère. Ses huit têtes lui hurlèrent dessus, pour lui faire comprendre qu’elle avait failli faire une bêtise. Puis il repartit combattre.

Grodoudou se releva péniblement. Elektek s’était désintéressé d’elle et affrontait lui aussi les Siamois. La lutte était acharnée. Grodoudou regardait la scène. Tous les doutes qu’elle avait eu depuis quelques jours lui revenaient en mémoire. Les mensonges du Directeur, ces kidnappings, ce fameux Projet mystérieux, Roselia et sa dresseuse…

De nouveau, Grodoudou entama un chant. Mais il ne s’agissait pas de sa Berceuse. C’était quelque chose de beaucoup plus triste, de plus sombre aussi. Edith comme Henry, en l’entendant commencer, en eurent des frissons. Le combat s’interrompit et Dodrio se retourna vers la Chanteuse. Pour la première fois, il semblait effrayé.

Qu’est-ce qu’il fiche ? demanda Henry. Il vient de se faire engueuler!
- Henry… 
chuchota Edith. Je crois… que c’est l’attaque Requiem…
- Quoi !?


Requiem est une sombre attaque. Ce chant entraine en effet la mort de tous ceux qui l’entendent, chanteur compris. En combat Pokémon, généralement, Requiem n’est jamais joué jusqu’à la note finale, car cela entrainerait la mort du lanceur comme du Pokémon adverse, ce qui serait contre-productif. Mais les Pokémon et humains qui l’entendent jusqu’au bout perdent peu à peu toute énergie vitale avant de mourir. 

Sans plus attendre, Henry rappela ses Pokémons dans leurs Balls et Edith fit de même. Puis, ils se bouchèrent les oreilles. Grodoudou continuait pourtant de chanter. Dodrio, qui commençait à perdre ses forces, s’avançait vers Grodoudou. Ses huit becs claquaient, suppliant la Chanteuse d’arrêter. Mais elle continuait, sans relâche. Sous son masque, Grodoudou pleurait lentement.

Dodrio, dans un ultime effort, tenta d’attaquer Grodoudou. Il la projeta à quelques mètres, mais cela ne suffit pas à ce qu’elle s’arrête. Elle était déterminée. Elle continuait son terrible chant. Elle était presque arrivée au bout. Puis Dodrio s’écroula, incapable de réagir plus. Grodoudou aussi tomba à genoux, elle sentait son dernier moment venir, mais ne cessait pas. Au fond de son cœur, elle espérait pouvoir effacer ses péchés par son sacrifice.

Alors qu’elle s’apprêtait à mourir en poussant les dernières notes, une Pokéball lancée par Henry toucha son front et Grodoudou y fut aspirée. Son masque d’Arlequin était resté en dehors. La capture fut instantanée. Soulagés, Edith et Henry poussèrent un profond soupire. 

Pourquoi l’avoir capturé ? demanda Edith alors qu’Henry ramassait le masque et la Pokéball.
Je ne sais pas… répondit le Pokéathlète. Je pense que ce Grodoudou ne nous voulait pas de mal, sinon, il aurait cessé en nous voyant nous boucher les oreilles…
- Tu penses qu’il voulait nous protéger ?
- Peut-être… Et je ne voulais pas qu’il meurt comme ça. Puis, grâce à lui, Dodrio est mort, non ?
- Pas vraiment…


Même s’il était évanoui par le chant, Dodrio était encore bel et bien vivant, puisque Requiem n'était pas arrivé à la note mortelle. 

On ferait mieux de dégager, d’ailleurs… si on tente de le tuer, on risque d’aggraver la situation.
- Tu as raison. On se casse.


*
*      *

Estom fut de nouveau téléporté par Xatu. Il avait ramené la fille au Directeur, comme convenu. Mais la mission n’était pas terminée, il devait rejoindre Dodrio et Grodoudou pour combattre ceux qui les avaient conduits jusqu’à la dresseuse. Ensuite, ils rejoindraient Scalproie, qui faisait diversion des forces de l’ordre, pour repartir.

Mais quand il arriva dans la salle de spectacle des Concours, Estom ne trouva que Dodrio, les huit faces contre terre. Il respirait, avec quelques difficultés, mais il avait ses yeux clos. Il s’approcha des Siamois. Son visage, d’abord inexpressif en le voyant à terre, exposa alors un grand sourire carnassier. Il avait un travail très important dans la Troupe.

Effacer les preuves.
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Mer 17 Mai - 16:07

Chapitre 7: La Rancune du colosse.


Blanche, Miranda et Félix étaient enfin arrivés au QG du clan Distorsion. Cachée non loin du Lac Courage, une gigantesque grotte avait été aménagée au fil des siècles pour accueillir ce fameux Clan. Un gardien avait longtemps hésité à faire entrer Blanche avant de plier aux arguments de Miranda et Félix. Pour entrer, ils devaient passer une porte blindée à l’aide d’un code connu uniquement de ce Gardien. Quand il eut actionné la porte, ils s’étaient tous les trois engouffrés dans la grotte, le laissant derrière eux. 

Un long couloir, éclairé par des lanternes vieillottes, donnait sur des salles beaucoup plus sophistiquées et bien plus confortables. Les différentes pièces que traversa le Trio rappelaient à Blanche sa visite au palais Chaydeuvre, lors de ses dernières vacances. Les décorations ne manquaient pas, mais le couple n’y prêtait pas grande attention, au contraire de Blanche. Ils croisèrent quelques personnes, que le couple salua brièvement. La rumeur des conversations commençait sous le passage de Blanche, cette inconnue au Clan. Puis, brusquement, une nouvelle salle, gigantesque, ornée de plusieurs statues de Pokémon Légendaires, s’offrit à eux. Sur les côtés, il n’y avait qu’un gigantesque fossé.

C’est la salle d’entrainement du Clan, dit Félix devant l’air interrogateur de la championne. C’est l’une des seules salles qui date de la création même du clan.
- Et la Fosse, c’est d’époque aussi ? C’est profond ?
- Assez, oui
, dit Miranda. D’après ce qu’on dit, le fond est rempli de pieux acérés.

Blanche déglutit en s’imaginant y tomber et chassa bien vite cette idée de son esprit.

Les appartements de la Sage se trouvent juste derrière cette porte, indiqua Félix en montrant l’autre bout de la salle.
D’accord, on y va alors ?

Le couple hocha la tête en signe d’approbation, puis ils continuèrent droit devant un petit moment avant d’atteindre leur objectif. Et avant que Félix n’ait pu frapper à la porte, celle-ci s’ouvrit.

Quoi, c’est vous la Sage du Clan Distorsion ? s’exclama Blanche en reconnaissant la vieille dame.

Blanche avait en effet reconnu Agatha, l’ancienne doyenne du Conseil des 4 du Plateau Indigo. Elle était de loin reconnaissable, avec ses cheveux blancs, sa canne et sa mine à effrayer sans faire exprès. C’était du moins ce que ressentait Blanche.

Mmmh ? Qui êtes-vous ? demanda la Sage Agatha en fixant Blanche. C’est vous qui avez amenée ici cette effrontée ?
- Oui, Sage Agatha
, dit Félix. Cela concerne notre fille…
- Ha oui… Racontez-moi plus précisément…


*

*         *

Alakazam venait de téléporter Mackogneur, Chimpenfeu et Massko tout près du Lac Courage. Pour le vieux magicien, la mission était quasiment terminée, puisqu’il ne savait pas où se trouvait le QG. Mais Mackogneur, lui, semblait connaitre l’endroit. Il dit à Alakazam d’attendre là leur retour, puis, d’un signe de tête, fit signe aux acrobates de le suivre. Ceux-ci obéirent aux ordres, mais en gardant une certaine distance et en restant cachés. Puis, enfin arrivé tout près de l’entrée, le Colosse fit un signe discret pour leur dire de rester momentanément en retrait.

Le Gardien jouait au Solitaire avec un jeu de cartes. Il s’interrompit dans sa partie en voyant une ombre immense s’approcher. Il se releva et aperçut Mackogneur, qui avançait lentement vers lui. Par sécurité, le gardien invoqua son Pokémon, un Libegon, pensant intimider le Pokémon Combat.

En voyant Libegon, Mackogneur s’arrêta de marcher. Le gardien sourit, pensant que son fier Dragon allait suffire pour tenir éloigné ce qu’il croyait être un simple Pokémon sauvage. Mais Mackogneur restait là. Le gardien cru voir comme une lueur rouge dans le regard de Mackogneur avant qu’il ne fonce droit sur eux, assénant un puissant Dynamopoing au Libegon. Le Pokémon vola en crachant du sang et s’écrasa contre la paroi de la porte blindée, apparemment inconscient. Son dresseur se retourna, pour voir l’état de son Pokémon. Mais la main du Colosse attrapa sa tête et la serra très fort. La tête du Gardien finit par exploser comme un vulgaire fruit sous la pression.

Mackogneur regarda la porte blindée. A l’époque où il vivait là, elle n’existait pas. Mais ce ne serait pas un problème. Il balança plus loin le corps du Dragon puis entama de détruire la porte à coups de poings. Très vite, celle-ci finit par s’écrouler. Le QG était ouvert. La mission commençait. C’est plein de pénibles souvenirs que Mackogneur suivit la trace du Trio, bien décidé à régler de vieux comptes…


*

*         *

Donc, le Clan n’est pas la seule cible des kidnappeurs ? résuma Agatha après le récit de Blanche. Voilà qui me rassure un peu… Quoique je ne peux écarter mon hypothèse d’origine.
- Mais de quelle hypothèse vous parlez ?
 demanda Blanche. La fille, là, Edith, elle a rien voulu nous dire !
- Normal, puisque je le lui ai demandé
, dit Agatha en soupirant.
Et donc, qu’est-ce qu’on peut faire pour retrouver notre enfant, Sage Agatha ? questionna timidement Miranda.
D’après ce que vous m’avez dit, ce Cirque est difficilement repérable, non ? Alors, à moins d’un coup de chance…
- Vous voulez dire qu’on ne peut rien faire pour elle
, s’exclama Félix, l’air dépité.
Exact.

Miranda attrapa la main de son mari et la serra fort dans la sienne. Le couple baissait les yeux face à la vieille dame, qui les regardait sévèrement.

Attendez ! s’écria Blanche. On peut quand même essayer de …
- Ces gens sont dangereux
, dit Agatha. Tout ce que nous pouvons faire, c’est mettre les autres enfants du Clan en sécurité.
- Et les enfants qui sont déjà entre leurs mains ?
- Nous ne pouvons rien …
- JE NE SUIS PAS D’ACCORD !
 cria Blanche. Vous ne pouvez pas dire ça ! La fille d’un ami est en danger et nous ferons tout notre possible pour la sauver !

Le regard sévère et hautain d’Agatha fixait celui de Blanche, déformé par la colère. Puis brusquement, des hurlements arrivèrent à leurs oreilles et fit cesser la dispute avant que celle-ci ne commence vraiment.

Qu’est-ce que…

Deux hommes et une femme débarquèrent dans la grande salle d’entrainement en courant. Ils se précipitèrent vers eux.

Sage Agatha ! Nous sommes attaqués ! dit un des hommes alors qu’ils étaient presque arrivés à leur hauteur.
Comment ça, attaqués ? Personne ne connait l’emplacement du QG ! Et on ne peut entrer sans l’aide du Gardien !
- C’est un Pokémon, un Mackogneur
, précisa la femme. Il détruit tout sur son passage et avance droit vers nous !
- Merde !
 s’exclama Blanche. Je crois qu’il y a un Mackogneur dans la Troupe du Cirque !
- Hum… il semblerait que finalement, ce soit bien à nous qu’ils en veuillent, 
soupira Agatha.
Mais comment savent-ils pour le QG ? demanda Félix.
C’est simple, bande d’abrutis ! dit Agatha. Ils vous ont suivis. Tout est de votre faute, ajouta-t-elle en pointant sa canne vers Blanche.
COMMENT ? NON MAIS VOUS…

Blanche ne termina pas sa phrase, car Mackogneur venait justement d’entrer dans la salle. Dans une de ses mains, il tenait le corps d’une humaine inconsciente. Il trainait aussi derrière lui le corps sans vie d’un Kaimorse.

O… Océane, dit l’autre homme, qui s’était tu jusque là.

Mackogneur se débarrassa rapidement de ces corps, en les lançant, aisément, dans la Fosse. L’homme, qui devait être le mari, hurla lorsque le corps d’Océane et de son Pokémon disparurent dans le vide. Puis il se précipita, invoquant son Luxray pour monter dessus avant de charger droit vers le Colosse.

Robin ! Attends ! crièrent Miranda et la femme en chœur.

Mais, aveuglé par sa soif de vengeance, tout bon sens l’avait quitté. Il ne fallut qu’un Dynamopoing au Colosse pour l’envoyer lui et son Pokémon rejoindre sa femme dans la Fosse.

Blanche et Félix voulurent faire un pas pour partir à leur tour au combat. Mais la canne d’Agatha se dressa devant eux.

Vous n’avez aucune chance, pauvres fous.
- Et quoi, on reste là sans rien faire, c’est trop tard pour nous ?
 s’énerva Blanche.
Non.

Elle attrapa une Pokéball et appela un Ectoplasma. Le spectre fixa Mackogneur. Il était à l’autre bout de la salle, mais celui-ci l’avait repéré. Et le Colosse poussa ce qui ressemblait à un rire étrange et cruel.

C’est à moi de le combattre. J’ai comme l’impression que… nous nous sommes déjà rencontrés, dans notre jeunesse. Restez en retrait.

Sans rien ajouter, l’ex membre du Conseil des 4 s’avança, Ectoplasma juste devant elle. Mackogneur aussi se dirigeait vers elle, avec un rythme identique. Il souriait et ressemblait plus que jamais à un fou. Sa revanche… enfin.


*

*         *


Henry et Edith étaient revenus à la maison d’Eden et Ludwig Stones. Ce dernier avait été blessé à la tête et sa femme lui avait fait un pansement. Puis ils l’interrompirent alors qu’il voulait commencer son récit pour entamer le leur. L’annonce du Kidnapping de Rosa fut un énorme choc pour les Stones. Ils étaient dépités, en colère avec eux-mêmes.

Je ne pensais pas… qu’on lui en voulait… dit Eden, la tête soutenue par la main droite.
C’était pour vous prévenir que nous sommes venus, dit timidement Edith. Mais tout s’est passé trop vite…
- On a fait notre possible pour la sauver
, ajouta Henry. Malheureusement, le Coudlangue qui la maintenait a fuit pendant que les autres nous retenaient…
- Qu’est-ce qu’on peut faire… Où se trouve ce fichu Cirque ?
 demanda Félix.
Aucune idée…
- Attends, vous avez capturé le Grodoudou ?
 demanda Eden en fixant soudainement Henry.
Oui, mais elle ne sait rien.

En effet, avant de revenir, Henry avait fait plus amples connaissance avec Grodoudou. Il avait été surpris de voir son visage défiguré, mais avait tenté de ne rien laisser paraitre. Il lui avait posé plusieurs questions. Malheureusement, outre le fait qu’il était quasiment impossible de comprendre les paroles de Grodoudou, celle-ci ne pouvait pas les aider. En haussant les épaules, elle montrait clairement son ignorance au sujet de pas mal de questions posées par Henry et Edith, notamment l’actuelle position du Cirque. La seule question à laquelle elle avait pu répondre positivement, c’est quand Henry avait demandé si Marie et la fille du Clan étaient en vie.

Qu’est-ce qu’on fait, alors ? demanda Ludwig. Je refuse de rester là sans rien faire.
- Peut-être que la Sage sait quelque chose
, chuchota Eden, à qui quelques larmes commençaient à couler.
Le problème, c’est qu’il faut retourner à Sinnoh, soupira Edith. On en a pour plusieurs jours.
- Ou pas
, dit Félix. Eden, ma chérie…
- Ha oui !
 dit la peintre en sursautant.

Elle fouilla dans sa poche et en tira une Pokéball pleine de tâches de peinture d’où sortit un Abra.

On peut se rendre tout près du Lac Courage avec Abra !
- Ha parfait !
 s’écria Edith. Dans ce cas, on peut y aller.

Henry regarda l’Abra. C’était avec des Téléport que le Cirque parvenait toujours à fuir, aussi répugnait-il à devoir se téléporter en ce moment. Néanmoins, ils étaient pressés et la perspective de rencontrer ce fameux Clan Distorsion et de retrouver Blanche fut plus forte que son dédain.

Ça roule.


*

*         *


Le combat venait de commencer entre Ectoplasma et Mackogneur. Sous les ordres d’Agatha, le spectre lançait de puissantes attaques telles que Ball’Ombre et Psyko. Le Colosse, pourtant, encaissait les coups sans broncher. Mais même s’il ne laissait paraitre aucune douleur, il était fortement désavantagé.

En effet, lorsqu’il attaquait de ses poings puissants l'Ectoplasma, ses coups passaient en travers de son adversaire. Les attaques physiques étaient inefficaces.

Oui, c’est bien ce que je pensais, dit Agatha. C’est bien toi, le Machopeur que j’ai vaincu il y a bien des années…

Mackogneur s’arrêta aux paroles d’Agatha et la fixa, oubliant Ectoplasma. Il ne souriait plus.

MONTRE-TOI, VALERIAN ! cria Agatha. Si ton Pokémon est ici, alors toi aussi !

Personne ne répondit et le sourire retrouva les lèvres du Colosse.

Tu es venu seul ? dit Agatha. Etonnant de sa part… J’aurai dû me douter que c’était lui derrière tout ça.

Elle soupira. Son Pokémon lança de nouvelles attaques qui ne firent pas flancher pour autant Mackogneur.

Tu t’es amélioré en endurance … mais souviens toi, c’est la fatigue qui a fini par te battre la dernière fois. Tu ne peux pas toucher mon Pokémon. Je n’ai rien à craindre.

A ces dires, Mackogneur éclata de rire. Puis il se retourna brusquement, face à Ectoplasma, et fonça vers lui pour l’attaquer.

Ectoplasma n’avait aucune raison d’essayer d’esquiver et souriait d'un air sournois devant la tentative. Mais soudain, Mackogneur s’arrêta et utilisa Dégommage pour projeter un petit objet qu’il tenait au creux d'une main droite sur le Pokémon Ombre. L’objet le toucha violement au front, et y resta fixé. Puis Mackogneur reprit sa course.

Ectoplasma ne bougeait toujours pas. Et pourtant, à sa grande surprise, Mackogneur l’attrapa d’une main et le souleva.

Quoi !? Mais c’est impossible ! cria Agatha, surprise.

Mackogneur commença à rouer de coups le Spectre, qui pouvait désormais être touché. Ni Agatha ni son Pokémon ne comprenaient comment une telle chose était possible. Puis le Colosse attrapa Ectoplasma de ses quatre mains et commença à déchiqueter son corps comme une vulgaire feuille de papier. Ainsi écartelé en deux, le corps du Spectre commença à partir en fumée, mort. Il ne resta bientôt plus que l’objet qui s’était accroché à son front et qui tomba dans un bruit métallique: Un point de Mire.

Agatha tomba à genoux. C’était impensable… ce Mackogneur venait de tuer un Pokémon Spectre, le sien qui plus est. Mackogneur se retourna et lui exposa son large sourire de dément. Sa vengeance pour la seule défaite de sa vie était accomplie. Ou pas exactement… Il devait encore tuer la dresseuse.

Mais Félix, Miranda et les deux autres membres du Clan s’interposaient désormais entre la Sage et l’assassin. Blanche, elle, aidait Agatha à se relever pour l’emmener loin du combat.

C’est impossible, répétait Agatha.
Vous direz ça une autre fois, dit Blanche en l’éloignant d’un pas pressé.
Valerian… m’a battue…
- Fermez-la et avancez, sinon, je me casse !


Les membres du Clan avaient invoqué leurs Pokémon pour combattre le Colosse. Miranda possédait un Draco et son mari un Trioxhydre. Les deux autres possédaient un Crustabri pour l’homme et un Groret pour la femme. Malgré leurs efforts conjugués, ils ne faisaient cependant pas le poids face au Colosse. Draco fut le premier à mourir, étranglé d’une seule main. Puis Mackogneur, à coup de Dynamopoing, perça la coquille de Crustabri.

Alors que Groret et Trioxhydre faisaient leur possible, Mackogneur changea soudainement de cible, préférant s’occuper des humains. Il attrapa Miranda par surprise et lui fit exploser la tête de sa forte poigne.

Félix hurla et voulu à son tour donner des coups au monstre. Mais ses poings ne faisaient aucun effet et Mackogneur l’attrapa par les deux bras, avant de l’écarteler de la même manière qu’Ectoplasma.

De loin, Blanche observait le spectacle avec effroi. Elle frissonnait de peur.

Partez… vous n’avez rien à voir avec le Clan… dit Agatha, qui s’était ressaisie.
Hors de question…
- Vous avez peur, et c’est normal.
- Mais je resterai ! On va bien trouver un moyen de le battre ! Je suis Championne, non de dieu…
- Je vois, vous êtes courageuse, même face à la mort.
- On ne mourra pas !
- … J’ai peut-être une idée.


Trioxhydre, qui avait perdu son dresseur, redoublait d’effort. Il restait éloigné pour éviter les coups et ne se lassait pas de lancer des Lance-flamme et Exploforce. Mais même si le Colosse était ainsi poussé de quelques centimètres ou perdait momentanément l’équilibre, il en fallait bien plus pour l’abattre. Groret, lui, usait de ses pouvoirs psychiques, mais c’était tout aussi inefficace. Mackogneur ne s’intéressait quasiment plus à eux, et il saisit la dresseuse de Groret par le cou, prêt à l’étrangler.

Hey, espèce de fillette ! cria une voix. C’est moi que tu veux, non ?

Mackogneur détourna le regard et vit Agatha. Elle se tenait sur le côté de la salle, à quelques pas de la Fosse. Le Colosse lança la pauvre femme, toujours vivante, quelques mètres plus loin. Puis il se mit à courir, souriant comme un fou. Il se préparait à asséner un coup mortel à la vieille femme responsable de tous ses malheurs qui l’avaient conduit jusque là. 

Mais quand il frappa, il passa au travers d’elle. Ce n’était qu’une illusion créée par Magirêve, un autre de ses spectres. Emporté dans son élan, il freina de justesse pour ne pas tomber. Puis, soudain, il fut violement poussé dans le dos par Echremeuh et Coudlangue, exécutant une attaque Roulade qu’ils préparaient depuis déjà quelques minutes pour gagner en puissance.

Mackogneur tomba dans la Fosse. Sa chute dura un long instant. Et enfin, le Colosse se sentit transpercé violemment par plusieurs pieux rocheux. Ses trois cœurs, son anomalie, qui lui donnaient ses forces, furent percés. Il avait gardé les yeux grands ouverts, prêt à accueillir la mort. Avant de rendre l’âme, il se dit que, finalement, il s’était bien amusé avec eux.
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Mer 24 Mai - 16:28

 Chapitre 8 : Les oreilles des acrobates.


Ce Pokémon est donc mort ? demanda Henry.
Aucune chance que ce monstre ait put survivre aux pieux de la Fosse, assura Agatha.

Henry, Edith et les Stones venaient de débarquer au QG en se téléportant. En voyant l’entrée défoncée et les cadavres du Gardien et de son Pokémon, Edith s’était précipitée à l’intérieur, rapidement suivie par les autres. Mackogneur avait laissé un décor dévasté sur son chemin. Il était allé tout droit, comme s’il savait vers où aller pour affronter Agatha. Lorsqu’ils arrivèrent à la grande salle d’entrainement, le Clan était en train de s’occuper des cadavres. Edith s’était précipitée vers Agatha et l’avait serrée dans ses bras. Puis Blanche et la Sage commencèrent à raconter ce qu'il s’était passé. Elles venaient d’ailleurs de terminer leur récit.

Ha je vois que ton bras va mieux ! dit Blanche.
Hein ? Ha oui…

N’en ressentant plus le besoin, Henry n’avait désormais plus le bras en écharpe, même si un médecin l’aurait surement recommandé encore quelques jours.

Et ça s’est bien passé pour vous? ajouta la championne.
Nous aussi on a été attaqué, expliqua sombrement Henry. Par le Dodrio et le Coudlangue.
- Le Coudlangue a emmené Rosa, malheureusement
, dit Edith.
Voilà qui est de bien mauvais augure, soupira Agatha.
Madame Agatha ? demanda Henry. Vous pourriez nous expliquer pourquoi ce Cirque en a après les enfants de votre Clan ?
- Excellente question
, approuva Blanche.
C’est une bien longue histoire…

*

*        *

30 ans plus tôt

Valerian Smets, scientifique de Sinnoh et membre honoraire du Clan Distorsion, était assis au bord du Lac Courage. Il réfléchissait. Le Sage du Clan avait récemment annoncé sa démission future, car il se sentait trop fatigué pour endosser cette lourde tâche. Aussi sa place était en jeu. Valerian la désirait plus que tout.

Malheureusement, sa réputation ne jouait pas en sa faveur… suspecté d’agression sur mineurs quelques années auparavant, il était pourtant sorti blanchi de l’affaire. Valerian enrageait contre lui-même d’avoir été incapable de calmer ses pulsions ce jour-là, mais au moins il n’avait pas fait de prison. Néanmoins, son image en était entachée à jamais. Et le Sage lui-même se montrait assez hostile à sa candidature.

Il venait de lui parler. C’était bien simple, il poserait son Veto lors des élections pour son successeur. Valerian n’avait pas protesté. Il s’y attendait venant de ce vieux con aux idées périmées. Pourtant, Valerian avait des atouts au sein du Clan, et avec un peu d’argent, il aurait pu facilement devenir le nouveau Sage. Mais si le vieillard posait son Veto, alors, c’était foutu.

A moins que… Valerian se releva. Direction son labo. Il y étudiait justement différents composés pour ses expériences biologiques. Le Cyanure, notamment.


*

*        *


Vous n’êtes pas sans savoir que, comme chaque région, Sinnoh possède une histoire mettant en lien différents Pokémon légendaires, commença Agatha.
Oui, Dialga et Palkia ! s’écria Blanche. Ce sont leurs statues, là-bas, non ? dit elle en pointant le doigt vers deux grandes statues de la salle.
Exact, dit Edith. Dialga, seigneur du Temps et Palkia, maitre de l’Espace.
- Sans ses deux Pokémon, l’équilibre du monde serait rompu et celui-ci cesserait tout simplement de fonctionner correctement
, ajouta Ludwig. Leur tâche, le maintient de l’ordre, leur a été confié par Arceus lui-même.
- Le Dieu des Pokémon ?
 dit Henry.
C’est ça, le Big Boss.

Henry regarda les deux statues qu’avaient pointées Blanche. Elles étaient grande et en marbre noir. Mais surtout, au milieu d’elles, il y en avait une bien plus grande, d’une créature aux allures de serpent ailé qu’Henry ne connaissait pas.

Ce que beaucoup ignorent, c’est que lors de la création de ces deux Pokémon, un autre fut aussi créé, par erreur.
- C’est lui qui est représenté au milieu ?
 demanda Henry.
Tout-à-fait. Il s’agit de Giratina, le Pokémon Renégat. C’est à lui que notre Clan est dédié.
- On raconte que Giratina ne voulait pas obéir à Arceus. Pire il mit en conflit Palkia et Dialga. Leur combat aurait pu détruire tout ce qu’Arceus était en train de créer. Aussi Giratina fut-il condamné à vivre à jamais dans le Monde Distorsion.
- Le monde Distorsion ?
- Il s’agit d’un monde où ni l’espace ni le temps n’existe. Un monde qui semble défier toute logique. Un monde d’où Giratina ne pouvait plus agir sur le nôtre.
- Mais le passage n’était pas fermé pour autant, et il existait alors des entrées que les hommes pouvaient emprunter. Le Clan Distorsion fut créé pour empêcher les êtres malintentionnés de s’accaparer la puissance de Giratina. Un lien très spécial s’est établi entre le Clan et Giratina, qui comprenait qu’on ne lui voulait que du bien.
- Aussi, à deux reprises, le monde fut mis en grand danger à cause du conflit Palkia-Dialga. Le Clan fit appelle au Renégat, qui mit fin aux menaces qu’il avait lui-même causées aux origines du Monde. Il s’était assagit dans sa prison. Mais à partir de ce moment, le nombre de malfrats qui en voulaient à Giratina a explosé. Il y a 700 ans à peu près, le Grand Sage de l’époque, qui était très proche de Giratina dit-on, prit la décision de sceller le passage, en laissant une clé que seul le Clan pourrait connaitre.
- Une clé ?
 demanda Blanche.
L’Orbe Platiné, le trésor de notre Clan, annonça Agatha. On dit qu’il s’agit de l’incarnation de Giratina dans notre monde. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi tout un rituel, conclu d’un commun accord avec Giratina et le Sage. Actuellement, je suis censée être la seule à connaitre le rituel, mais dans le temps, nous étions plus nombreux. « A la lumière de la Grande Lune, au plus profond de la Grotte du Retour, les larmes de trois innocentes mêlées au sang d’un humain et Pokémon rappelleront le Repenti Renégat dans sa Prison de Platine. »

Tout le monde regardait Agatha avec de grands yeux, sans rien dire, suspendu à ses lèvres. Ce fut à Henry de briser le silence.

Et en gros, ça veut dire quoi ?
- Que pour faire revenir Giratina, il faut plusieurs conditions. La première, il faut faire le rituel lors d’une Pleine Lune.
- Pourquoi?
 demanda Eden. Giratina a un lien avec la Lune ?
- Franchement, je pense surtout qu’il s’agit d’un détail rajouté au fil des siècles pour faire plus poétique
, dit la vieille dame. La suite nous éclaire un peu plus… Il faut que trois enfants du Clan, âgés de moins de 18 ans, pleurent en même temps. Et pas n’importe où. Leurs larmes doivent couler dans la Grotte Retour, qui n’est pas bien loin d’ici.
- C’est donc pour ça que le Cirque a kidnappé Rosa et Emma !
 s’exclama Blanche.
Ils ne la tueront donc pas ? demanda Eden en serrant la main de son mari.
Normalement, assura Agatha.
Tout ça est bien beau, mais et ma fille, alors ? demanda Henry. Quel est le rapport? 

La Sage semblait hésiter à continuer. Enfin, elle soupira avant de reprendre.

Il y a deux possibilités. Soit ils l’ont enlevée pour … profiter d’elle, soit…
- QUOI ???
 cria Henry.

Tout le monde se tut. Henry regardait Agatha avec un air désespéré et une larme perlait aux coins de ses yeux. Il n’avait jamais osé imaginer une chose pareille.

Soit, c’est pour l’autre partie du rituel… Qui exige la mort d’un humain et d’un Pokémon, finit par dire Agatha.

Henry tomba à genoux, sous le choc. Ainsi donc, soit ce Cirque avait abusé de sa fille, soit ils allaient la tuer. C’était comme choisir entre la Peste et le Choléra. Blanche se précipita vers lui et l’aida à se relever.

Mr Henry, je suis désolée, dit Agatha.
- Je les retrouverai…
 dit-il. Coûte que coûte… Je dois la sauver…
- Sage Agatha ?
 appela une voix.

Un petit homme moustachu venait de débarquer. Il portait un petit chapeau melon blanc et un veston noir. Il ressemblait beaucoup à un pingouin.

Arthur ? Qu’y-a-t-il ? Je suis occupée !
- C’est-à-dire… j’ai quelque chose d’urgent à vous communiquer…
- Quoi donc ? Explique-toi ! Tu ne vois pas qu’on a eu comme un problème ?
- C’est que ça concerne l’Orbe, Sage Agatha…


La vieille dresseuse se figea, soudain blanche pâle. A ces mots d’ailleurs, Ludwig, Eden et Edith avaient poussé une exclamation de surprise et de peur.

Ne me dit pas que …
- Je suis désolé, Sage Agatha… on était pressés par l’alerte du Mackogneur… et quelqu’un en a profité pour voler l’Orbe Platiné.



*

*        *

Le Sage était mort subitement la veille. Valerian était le seul à connaitre la vraie raison et jubilait intérieurement. La séance des votes s’était accélérée, et le nouveau Sage aurait dû être désigné. Et avec un peu de chantage, il avait gagné le vote de beaucoup de membres.

Cependant, les résultats n’étaient pas conformes à ses attentes. L’autre candidat, Agatha, une dresseuse de renommée internationale, avait aussi beaucoup de partisans. Et malgré tout l’argent déboursé par Valerian, le résultat était là : Egalité parfaite.

Le Conseil s’était réuni sans les deux concernés, afin de ne pas être influencé. Une décision qui devait mettre tout le monde d’accord en était ressortie. La place de Sage reviendrait au gagnant d’un match Pokémon à un contre un. 

Valerian était partagé. D’une part, il savait que c’était une idée des amis d’Agatha, car celle-ci avait beaucoup de talent au combat. Mais de l’autre, ses expériences génétiques sur les Pokémons pourraient peut-être lui offrir la victoire. Il avait créé trois Pokémon dans son laboratoire. Un Excellangue, dont la mâchoire s’adapte à tout aliment et dont la salive est un puissant acide. Mais le souci d’Estom, comme il l’avait surnommé, c’était son appétit vorace qui le rendait dangereux même pour Valerian. Lors de sa création, il avait ajouté de son propre sang, pour en voir les effets. L’expérience était peu concluante.

Le Pokémon suivant était un Doduo. Malgré de nombreuses manipulation sur le fœtus et des cellules souches, Valerian avait obtenu un Doduo tout ce qu’il y a de plus normal quoiqu’assez habile. Il en avait été profondément déçu.

Le dernier, enfin, était un Machoc, qu’il avait déjà fait évolué en Machopeur. Celui-ci possédait trois cœurs, afin d’augmenter sa puissance et sa force physique. Le grand souci était qu’il risquait de vite se fatiguer, mais qu’importe. C’était lui qu’il avait choisi pour affronter Agatha.

Le jour du combat, Valerian était persuadé qu’il allait impressionner Agatha avec son Pokémon, hautement plus fort qu’à la normale. Il ne s’attendait vraiment pas à ce qui allait se produire.

Agatha invoqua un Ectoplasma. Tout d’abord, le scientifique ne s’en inquiéta pas. Puis, voyant que Machopeur ne pouvait tout simplement pas toucher le spectre, il comprit. La place de Sage allait lui filer sous le nez.

La défaite fut humiliante, autant pour Valerian que pour son Pokémon. Une fois que Machopeur, épuisé, tomba à terre, il le rappela dans sa Pokéball.

Et voilà ! avait fièrement annoncé Agatha. J’ai gagné !

Valerian fixa Agatha. Il était en colère. Il tourna les talons et sans demander son reste, sans parler à quiconque l’interpellait, il fila à son laboratoire. Il n’avait plus qu’une idée en tête.

Se venger.


*

*        *

Au fait, grand-mère, il y a une question que je me pose, dit Edith. Pourquoi penses-tu que le Cirque abuserait des enfants qu’ils kidnappent ?
- Je pense connaitre celui qui tire les ficelles. Son nom est Valerian, un scientifique du Clan qui trainait déjà une sale réputation il y a 3 décennies…


Agatha entama son histoire. A nouveau, tout le monde la regardait sans rien dire. Quand elle eut fini, Henry prit la parole.

Cette histoire s’est passé il y a 30 ans, vous êtes sûre que c’est lui ?
- Pas à 100%, mais le Mackogneur de tantôt était le sien à l’époque.
- Il ne m’a pas semblé si âgé à Joliberge
, dit Blanche, soucieuse.
Qu’est-ce que vous insinuez, jeune fille ?
- Juste que ce n’est peut-être pas ce Valerian, le Directeur
, se rattrapa Blanche.
Possible…

Henry espérait de tout cœur que ce Valerian n’était pas à l’origine du Cirque Madyapno, qu’il n’était pas le Directeur. Mais l’histoire était troublante. Plus que jamais, il s’inquiétait pour Marie.

Bon… Du coup, il ne leur manque qu’un enfant pour réaliser le Rituel ? demanda Ludwig.
C’est ça, avec l’Orbe en leur possession... soupira Agatha.
Je ne vois pas qui pourrait-être la dernière fille, dit Eden.
Moi si, annonça Edith. Estelle, La fille de Frederick Hamers.
- Mais ils habitent Kalos !
 s’écria Ludwig.
Ils se déplacent par Téléport, la distance n’est pas un problème pour eux, dit sombrement Henry. 
Nous devons vite les rejoindre et les mettre en sécurité, dit Agatha. Malheureusement, nous n’avons pas d’adresse exacte, juste la ville : Illumis.
- Fred est ingénieur spécialisé dans les énergies fossiles comme le gaz et le pétrole, si on trouve son lieu de travail, on le trouvera aussi.


Ainsi, le Clan, le Pokéathlète et la Championne s’organisèrent. Henry, Edith, Eden et Ludwig se rendraient à Illumis puis, par deux, chercheraient Frederick Hamers et sa fille. Agatha resterait au Clan pour organiser le reste des opérations. Tandis que Blanche, elle, retournerait finir la mission d’Hector en allant chercher le Major Bob. Elle avait beaucoup pleuré en apprenant la disparition de son collègue.


*

*        *

Chimpenfeu et Massko venaient de rentrer avec l’aide d’Alakazam. Celui-ci avait dû les attendre très longtemps. En effet, la diversion du Colosse avait duré moins de temps que prévu et, si les Acrobates avaient réussi à obtenir l’Orbe, ils avaient dû rester cachés un long moment avant d’avoir l’occasion de s’enfuir. Mais personne ne les avaient vu. Et ils ont entendu l’ensemble des explications d’Agatha…

Ils n’avaient rien dit à Alakazam. Ils voulaient s’expliquer directement avec le Directeur. Aussi, quand celui-ci se dirigea vers eux, toujours emmitouflé dans ses vêtements, ils lui demandèrent pour le voir en privé.

Dans la roulotte du Directeur, les Acrobates prirent place. Ils regardaient sévèrement le Directeur, comme quelqu’un qui leur avait caché quelque chose.

Dites moi, mes amis, ce qui vous met dans cet état ? La mort de Mackogneur est certes regrettable, j'en suis moi-même très peiné... Mais le résultat est là, la mission est remplie. Alors quoi ?

Les deux Pokémon entamèrent leur récit. Ils parlèrent de Giratina et du Rituel. Ils s’attardèrent sur le fait qu’il faudrait tuer un Pokémon, ce qu’ils ne voulaient pas. Puis, quand ils parlèrent de Valerian, le Directeur éclata de rires.

Je l’avais presque oublié, celui-là !

Les Acrobates se turent. Ils regardaient sombrement le Directeur.

Chers amis, chers amis… vous pensez donc que je suis un de ces stupides humains ?

Les Acrobates hochèrent la tête, affirmant les propos du Directeur.

Très bien. Dans ce cas, et pour vous remercier pour vos loyaux services, laissez moi vous montrer mon visage.

Le Directeur entreprit d’enlever sa capuche et les autres vêtements qui le cachaient. En voyant la tête de leur Directeur, les acrobates furent saisis d’horreur. Ils étaient paralysés par la peur et la surprise.

Soyez sans crainte. Vous allez… tout oublier.


*

*        *

Pingoléon venait de revenir de sa mission, téléporté avec le reste de la Troupe qui l’accompagnait par Psystigri. La mission qui leur avait été confiée était un succès et les humains s’étaient facilement laissés convaincre. Il frappa à la porte de la roulotte du Directeur. Ce furent les Acrobates qui lui ouvrirent.

Ha, Massko et Chimpenfeu. Vous avez réussi ?

Les acrobates firent oui de la tête, puis sortirent de la roulote. A l’intérieur, le Directeur fit signe à Mr Loyal de rentrer.

Alors, comment ça s’est passé, à Féli-télé ?
- Parfaitement bien. Ils ont vite été convaincus et nous avons exactement ce que nous voulions.
- Un bon horaire ?
- Un horaire d’affluence, en effet. Et pour les autres ?
- Nous avons la fille et l’Orbe. Malheureusement, Mackogneur, Dodrio et Grodoudou ne sont pas revenus.
- Ho …


Pingoléon baissa les yeux, mal à l’aise. La mort de ses compagnons le chagrinait énormément d'autant qu'ils les connaissaient depuis bien longtemps.

Il ne nous manque qu’un seul ingrédient, Pingoléon, reprit le Directeur. Je compte sur toi pour me le ramener. Tu as le reste de la Troupe à disposition.
- Bien… Mais dites-moi, Mr le Directeur…
- Oui ?
- Comment allons-nous organiser les prochaines représentations, sans le Colosse, la Chanteuse et le dernier Siamois ? Devons-nous aussi préparer des spectacles de remplacement ?
- Ne te soucie plus de ça
, l’interrompit son patron. Il n’y aura plus de représentation.
- Quoi ? Mais…
- Pingoléon, nous touchons presque à notre but. Le Cirque, nous n’en aurons plus besoin. Alors va ! Et ramène-moi ce que je veux.


Sans rien dire, Pingoléon se retira de la roulotte. Les dernières nouvelles l’attristaient. Le Cirque, c’était toute sa vie.
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Mer 24 Mai - 21:29



un petit air non?
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Mer 24 Mai - 22:53

Yeah! \o
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Mer 31 Mai - 13:26

Chapitre 9: Que le spectacle continue!


Henry et Edith se trouvaient à Illumis. Ils s’étaient séparés des Stones pour être plus efficaces dans leur recherche. La ville des lumières était très grande et, sans adresse exacte, les investigations allaient s'avérer difficiles. Après plusieurs heures, c’est au Firmament, un restaurant assez chic, qu’ils glanèrent leur premier indice. D’après la serveuse, Frederick Hamers et sa fille Estelle passaient de temps en temps pour diner. Toujours selon ses dires, ils vivaient au Crésus, le grand et prestigieux hôtel 5 étoiles. Impossible de le rater, il était bien visible.

A la réception du Crésus, Edith et Henry demandèrent à parler à Mr Hamers. D’abord réticent à leur parler, le maitre d’hôtel finit par leur dire que Frederick était parti au travail, en emmenant sa fille comme il en avait l’habitude. Un généreux pourboire permit d’en apprendre plus sur ce lieu de travail : Une grande usine, concurrente directe de la centrale électrique, qui se trouvait sur le chemin pour aller à Romant-sous-bois.

Le duo tenta de contacter Ludwig et Eden, mais ceux-ci ne répondaient pas. Ils leur laissèrent un message et se dirigèrent vers l’Usine.

*

*        *

L’Usine de raffinerie appartenait au Groupe Lysandre. On y traitait différents combustibles et énergies fossiles, tels que le pétrole et différents gaz. Bien que les grands patrons souhaitent un avenir plus écologique, il faut avouer que l’Usine produisait tout de même énormément d’énergie à Kalos. Ils étaient les seconds sur le marché après la Centrale électrique. 

Frederick Hamers a été engagé pour y travailler il y a un peu plus de deux ans. Quittant Sinnoh, sa région natale, avec sa fille, il laissa derrière lui la tombe de Marguerite, son épouse, décédée alors qu’Estelle n’avait que deux ans, dans un bête accident. Le travail de Frederick était de trouver un moyen de rendre plus propres les énergies fossiles. Mais même s’il avait trouvé quelques systèmes et procédés intéressants, cela n’avait pas abouti à quelque chose de concluant. Il s’occupe aussi de gérer le raffinement du pétrole et a toute une équipe à ses ordres.

Comme tous les matins, Estelle l’accompagne à son travail. Elle s’occupe comme elle le peut, jouant avec les Pokémon de son père ou ceux des ouvriers. Elle était vite devenue la mascotte de l’Usine.

L’ingénieur était en train de contrôler des compteurs en bâillant quand un de ses ouvriers l’interpella. 

Mr Hamers ! cria-t-il. Il y a un homme et une jeune fille qui souhaiteraient vous parler.
- Ils vous ont donné un nom ?
 demanda Frederick.
Non, ils ont juste dit qu’ils venaient de la part du clan ou je sais pas quoi.

Le Clan ? Cela faisait des années que Frederick n’en avait plus entendu parler. Il hésita un instant puis s’adressa à l’ouvrier.

Conduis-les jusqu’à mon bureau.

*

*        *

Pingoléon faisait les cent pas au centre de la piste du chapiteau en attendant Xatu. Il réfléchissait. Il repensait aux dires du Directeur. Le Cirque, c’était fini. Pourtant, Pingoléon ne pouvait s’y résoudre. Il avait consacré toute sa vie au Cirque Madyapno. Il avait obéit aux ordres du Directeur pendant plus de 28 ans. Il avait appris à parler uniquement dans le but de présenter le spectacle. On l’avait formé pour cela, et c’était son destin, sa vie.

Il n’en voulait pas au Directeur. Sans lui, il aurait continué à être maltraité par cet homme dont il n’avait que de vagues souvenirs. Il n’aurait jamais connu le plaisir du Cirque, les sourires des enfants et parents qui s’émerveillent, les éclats de rires. Il n’aurait jamais connu les autres membres de la Troupe, pour qui il se consacrait corps et âme.

Malgré tout, il ne savait pas quoi penser du reste. Le Directeur lui avait demandé bien des fois de faire des actes horribles. Mais c’était lui le patron. Aussi, Pingoléon avait toujours exécuté les ordres. Et puis, depuis des années, il sait que le Directeur n’a que de bonnes intentions pour les membres de la Troupe. Il voulait un monde où le rejet n’existerait plus, où les humains ne seraient plus les maîtres du monde, où tous les monstres et déformés auraient une place. Et puis, il y avait aussi les enfants...

Pingoléon n’était pas un monstre. Il n’avait rien de particulier comme Estom, Dodrio ou le Colosse. Mais il avait été rejeté, comme bien d’autres membres de la Troupe. Et le Directeur leur avait tendu la main, leur offrant une véritable vie.

Et pourtant… Pingoléon doutait.

Xatu enfin entra dans le chapiteau. Mr Loyal lui avait demandé de repérer le dernier enfant. Le Mentaliste avait fini par y arriver et, maintenant, ils allaient se rendre sur place.

Une fois la Téléportation terminée, Pingoléon et Xatu faisaient face à l’Usine de Raffinerie Lysandre.

- Attends-moi ici, Xatu, dit Pingoléon. Je ne serai pas bien long.

En marchant vers l’entrée tout en Aiguisant ses ailes tranchantes, Pingoléon finit par prendre sa décision. Le Cirque était le berceau de son âme. Tant que le sang coulerait dans ses veines, le spectacle devait continuer. Et il allait en mettre plein la vue.

*

*        *

Henry et Edith se trouvaient dans le bureau de l’ingénieur, qui leur faisait d’ailleurs face. Sa fille, Estelle, jouait dans un coin avec Smogo et Hariyama.

Tu as bien grandi depuis la dernière fois, Edith, dit Frederick. Comment va ta grand-mère ?
- La Sage ne se porte pas trop mal, même si nous venons d’essuyer une attaque qui aura eu raison de son Ectoplasma
, répondit Edith.
Une attaque ? Comment ça ?
- Cela concerne notre venue, Mr Hamers
, intervint Henry. Vous êtes en danger.
- En danger ? Et pourquoi cela ?
- C’est assez compliqué… des gens veulent kidnapper votre fille pour réaliser un rituel et invoquer Giratina.
- … Heu… Vous vous payez ma tête là ?


Frederick ne semblait pas convaincu et montrait un visage malveillant envers Henry et Edith qui, pensait-il, voulaient lui faire une farce. Edith commença à raconter toute l’histoire, agrémentée de détails d’Henry. L’ingénieur écoutait, perplexe. Lorsque la jeune fille eut terminé, il soupira.

Vous m’excuserez, mais je n’ai aucune preuve de ce que vous me racontez là et, je dois bien l’avouer, je ne crois pas un traitre mot de ce que vous venez de déblatérer.
- Pourtant, je vous jure que c’est la stricte vérité !
 s’écria Henry. Ma fille aussi a été kidnappée, et nous voulons sauver la vôtre !
- Je peux assurer sa protection seul.
- Non, vous ne pouvez pas
, dit Edith. Le Mackogneur a tué une dizaine d’entre nous !
- Et ce n’était pas le seul, il y a aussi un Dodrio, un Coudlangue, un Pingoléon, un Scalproie et bien d’autres !
- Ça suffit, je vous répète que…


Un ouvrier ouvrit subitement la porte, interrompant Frederick. Il était en sueur et haletait, comme s’il avait beaucoup couru.

Franssen ? Qu’est-ce qu’il y a encore ?
- Mr Hamers, un Pokémon s’est introduit dans l’usine. Il tue tout le monde sur son passage !


Frederick Hamers le regarda, blanc comme un linge, la bouche grande ouverte. Il tourna la tête vers Henry et Edith.

Vous nous croyez maintenant ? demanda Henry.
Je … oui …
- Vous savez de quel Pokémon il s’agit, monsieur ?
 demanda Edith.
Un Pingoléon. Il a déjà tué Rencken et son Coatox.
- Merde, c’est celui qui parle…
 dit Henry. On y va ?
- Attendez
, dit Edith. Il veut Estelle, c’est sûr. Mais peut-être que, comme au QG, il ne s’agit que d’une diversion.
- Tu penses ?
- Je ne sais pas, mais il faut au moins que quelqu’un reste avec elle. Je peux m’en occuper.
- Et moi, je pars à la recherche de Pingoléon
, décida Henry.
Je viens avec vous, lança Frederick. On ne s’introduit pas comme ça dans mon usine, encore moins pour tuer mes hommes. Franssen, vous venez aussi.
- Bien monsieur.


Frederick se tourna vers sa fille. La petite n’avait que neuf ans.

Estelle ? Tu vas suivre la gentille dame qui est là, dit-il en désignant Edith. Je prends Smogo et Hariyama et nous te rejoignons juste après, d’accord ? Tu la conduis jusqu’à la salle de stockage, et vous restez cachées.
- Oui, papa !


Puis il se releva et adressa un signe de tête à l’ouvrier et Henry.

On y va.

Les trois hommes se lancèrent à la poursuite de Mr Loyal, accompagnés du Smogo et de l’Haryama, ainsi que de Grodoudou, Cizayox et le Nosferalto de l’ouvrier. Edith, elle, invoqua son Togekiss pour les suivre, prit la main d’Estelle et, sous ses indications, emprunta le chemin opposé pour se cacher.

*

*        *

Sans aucune difficulté, Pingoléon trancha en deux le corps du quatrième humain qu’il rencontrait dans cette usine. Il avait aussi tué deux Pokémon, un Coatox et un Magmar, sans aucun souci. Il continuait d’avancer, décidé à fouiller de fond en comble le bâtiment. Comme à son habitude, il aiguisait ses puissantes ailes, tout en provoquant de petites étincelles.

Lorsqu’il entra dans une nouvelle salle, il tomba nez à nez avec Franssen, l’ouvrier qu’il avait vu déguerpir alors qu’il venait de pourfendre le Coatox. Son Nosferalto se précipita vers Mr Loyal. Mal lui en pris, d’un simple mouvement, Pingoléon le priva de son aile droite. Le Pokémon s’écrasa par terre, gémissant.

Nosferalto ! Merde, Mr Hamers ! cria l’ouvrier en tournant la tête vers l’arrière. Il est ici!
La ferme! dit Pingoléon en se précipitant vers l’ouvrier.

Celui-ci voulu fuir, mais son agresseur était bien trop rapide. Deux secondes plus tard, la tête de Franssen roulait par terre, sa dernière expression d’horreur et d’angoisse figée à jamais.

A terre, Nosferalto souffrait le martyr, les yeux fermés. Pingoléon le regarda un instant avant de se diriger vers lui.

Ne t’en fais pas. C’est fini.

Il l’acheva d’un coup de Griffe Acier. Le corps déchiqueté et méconnaissable du Pokémon ne bougeait plus. La douleur était terminée.

D’un seul coup, Pingoléon se sentit projeté en avant, poussé par une force intouchable. Il se retourna et vit Grodoudou, qui portait son masque d’Arlequin.

Grodoudou ? Tu n’es donc pas morte ?

Il voulu s’approcher un peu plus de la Chanteuse. Il la pensait décédée, mais la voir en vie lui procurait beaucoup de bonheur. Mais lorsqu’elle réutilisa Mégaphone pour le repousser de quelques mètres, il comprit que tout n’était pas si rose.

Tu nous as trahis ? dit Pingoléon, sans bouger, le visage sévère.

Grodoudou jeta son masque, affichant un regard de défi sur son visage déformé au Vitriol.

Je vois… Dans ce cas, j’espère que tu comprendras.

Il avança lentement vers la Chanteuse. Celle-ci lança Mégaphone, mais Mr Loyal résistait, cette fois, et il continua à avancer. Comprenant qu’elle était dans de beaux draps, Grodoudou fit volte face en prenant la poudre d’escampette.

Pingoléon la suivait, en marchant. Il entra après elle dans une salle pleine de tuyaux et de cuves fermées. Au fond de la salle, Grodoudou venait de rejoindre Henry et Frederick. La chanteuse retourna dans sa Pokéball et Mr Loyal s’arrêta, reconnaissant l’un de ses opposants.

Décidément, vous êtes toujours en travers de notre route.
- Oui
, dit Henry. Après ce que vous avez fait à ma fille et mon frère, je ne peux pas laisser passer ça.
- Je comprends
, dit Pingoléon en fermant les yeux. Votre détermination est admirable. Mais bien sotte. Laissez-moi la jeune fille et je pars sur le champ.
- Vous ne toucherez pas un cheveu d’Estelle !
 fulmina Frederick.
Deux pères luttant pour leurs filles… susurra Pingoléon. Je fais rarement dans le dramatique, mais soit. J’espère que ma prestation sera à la hauteur.

Sur ces mots, il se précipita, les ailes en position de ciseaux. Mais Cizayox et Hariyama, qui s’étaient cachés derrière des cuves, l’interceptèrent à plusieurs mètres des deux pères.

Pingoléon se dégagea vite et entama le combat. Cizayox était rapide et un formidable combat d’escrime commença entre eux. Hariyama était moins agile mais capable d’asséner des coups puissants. Aussi, Cizayox tentait de pousser Mr Loyal vers le sumo pour qu’il puisse lui aussi attaquer. Pingoléon, cependant, esquivait les coups de ses deux adversaires. Il toucha à l’épaule le Pokémon Combat, qui se mit à saigner. Mais lorsqu’il touchait Cizayox, sa dure carapace résistait. En effet, prévoyant qu’il allait se battre, Cisayox avait usé de Mur de Fer en restant caché. Ceci rendait la tâche de Pingoléon bien plus compliquée. Au cours du combat, Pingoléon trancha quelques tuyaux, desquels sortait du gaz. Au bout de plusieurs minutes, il s’éloigna des deux autres combattants pour reprendre son souffle. Cisayox et Hariyama, eux aussi, semblaient épuisés.

Rend-toi, Pingoléon, dit Henry. Nous sommes plus que toi et tu es épuisé.
- Cela fait longtemps que je ne m’étais pas battu comme ça !
 dit Mr Loyal en éclatant de rire. Mais je ne suis pas encore fini, loin de là !
- Même si tu bats Hariyama et Cizayox, nous avons d’autres Pokémon en réserve
, lança Frederick. Nous ne te laisserons pas la vie sauve si tu persistes.
- Savez-vous ce qui fait qu’un spectacle est de qualité ?
 demanda Pingoléon.

Puis, sans prévenir, il trancha un grand tuyau et, d’un coup de pied, dirigea la sortie du gaz dans leur direction.

C’est l’effet de surprise !

En aiguisant ses lames avec force, Pingoléon créa une étincelle. Le gaz pris feu et toucha une énorme cuve. Henry, Frederick et leurs Pokémons eurent juste le temps de se retourner en criant. L’explosion fut retentissante.

*

*        *

Pingoléon se trouvait derrière l’explosion et avait utilisé ses ailes pour se protéger. Il n’en ressortait qu’avec des blessures légères. Les autres avaient eu moins de chance. 

Hariyama et Cizayox gisaient à terre. Un énorme bloc du plafond avait écrasé la tête du sumo. L’insecte, lui, était inconscient, sous une grande quantité de gravats. Du côté de leurs dresseurs, Frederick arborait une position très improbable, comme si tous les os de son corps s’étaient disloqués. Impossible de dire s’il était encore en vie. Henry, lui, était assis contre un mur et se tenait le bas-ventre avec une expression de douleur intense. Un morceau de tuyau projeté par l’explosion s’était enfoncé dans son corps. Le reste de la salle était prise par les flammes.

Quel dommage, dit Pingoléon. Vous aurez été un bon adversaire. Henry, c’est ça ?
- Je … ‘foiré …
 cracha Henry, sans bouger.
Bon, je vais vous laisser, avant que les flammes ne provoquent une nouvelle explosion. Bonne chance.

Et sans rien ajouter, Mr Loyal passa à côté d’Henry, dégagea des débris qui gênaient le passage, puis sortit de la salle.

*

*        *

Edith et Estelle étaient dans la sale de stockage du pétrole. Elles avaient fermé la porte à clé. De grands barils de pétrole se trouvaient partout. La petite fille questionnait Estelle sur les Pokémon qu’elle possédait et elle semblait fan de Togekiss. Lorsqu’elles entendirent les bruits de l’explosion, elles cessèrent de papoter. Puis, après un moment de silence, la petite reprit.

Il se passe quoi ?
- Ne t’inquiète pas, ton papa et mon ami vont s’occuper de régler le problème
, dit Edith.
Oui, mais il se passe quoi ?
- C’est juste un méchant bonhomme qui veut t’attraper, mais on ne le laissera pas faire.
- Promis ?
- Promis juré !
- Et pourquoi on veut m’attraper ? Comme un Pokémon, me mettre dans une Ball ?
- Heu … je ne pense pas…


Soudain la porte vola en éclats. Pingoléon se tenait juste derrière. En apercevant Edith et Estelle, au fond de la salle, il poussa une exclamation de victoire.

Mesdemoiselles, je vous demanderai de vous rendre sans faire d’histoire.
- On ne se rendra pas !
 cria Edith. Togekiss ! Vitesse extrême !

Togekiss s’élança vers Mr Loyal avec une rapidité étonnante. Mais les réflexes de Pingoléon aussi étaient stupéfiants, et le corps de Togekiss fut coupé en quarte parts, tel un vulgaire gâteau.

Estelle hurla de peur et serra Edith dans ses bras, détournant le regard. La jeune fille elle-même poussa un cri de terreur et des larmes commencèrent à couler. Le spectacle n’était pas beau à voir. Pingoléon écarta les morceaux du Pokémon, mais il restait une mare de sang à ses pieds.

Je le répète. Rendez-vous.
- N… NON !
 cria Edith en essayant de retenir ses larmes et son hoquet. Jamais ! Vous entendez ? JAMAIS !
- Très bien, dans ce cas, mademoiselle, je vais vous envoyer rejoindre votre ami.


Il commença à marcher dans leur direction. A ses mots, Edith cessa de pleurer, regardant Pingoléon. Puis elle comprit le sens des paroles de Mr Loyal.

Tu … tu as … ?

Le visage déterminé de Pingoléon ne changea pas d’une ride, et pourtant, dans son regard, Edith vit ce qu’elle voulait savoir.

CONNARD !!!

Elle invoqua Pyrax, Scorvol et Branette et hurla ses ordres. En restant en retrait, les trois Pokémon lançaient des attaques à distance. Mais Pingoléon, toujours vif, les esquivait, heureusement sans s’approcher d’avantage. Ce fut une pluie d’attaques diverses qui ne le toucha que très peu, pourtant. Après un moment, ils cessèrent et Pingoléon regarda Edith avec un visage sévère.

Et bien, c’est tout ?

Edith pleurait et elle tomba à genoux.

Je …je ne te laisserais pas la toucher… Moi vivante… jamais …
- Ça c’est bien parlé, Edith,
 lança une voix.

Surpris, Pingoléon se retourna, trop tard. L’attaque Tonnerre d’Elektek le frappa de plein fouet. Pingoléon, à son tour, posa un genou à terre, fixant Henry, Grodoudou, Emolga, Caninos Elektek et le Smogo de Frederick.

Toi ? Mais comment peux-tu tenir debout ?
- Caninos et Grodoudou m’ont aidé à stopper l’hémorragie et à cautériser. Encore un coup ?


Emolga et Elektek lancèrent à nouveau leur attaque électrique. Pingoléon hurla sous la douleur. Mais dès qu’ils eurent terminé, il se releva habillement et s’élança vers eux, ses lames tranchantes prêtes à décapiter le premier venu.

C’était sans compter Smogo, qui lança Buée Noire. Pingoléon frappa dans le vide, aveuglé par le brouillard. Pire, ses Aiguisage étaient annulés par la Buée. Il ne voyait pas où étaient ses adversaires. De nouveau, il subit une attaque électrique. Venant d’où ? Il n’en avait aucune idée. Puis ce fut une attaque Tranche-nuit du Scorvol, puis Mégaphone, puis un double Lance-flamme, et encore des attaques électriques. Enfin, il dissipa la Buée avec ses ailes et constata qu’il était encerclé, acculé vers les barils de pétrole. Il haletait, ayant du mal à reprendre son souffle. Puis une série de nouvelles attaques arriva, commandées par Edith et Henry. Pingoléon ne chercha même pas à les éviter. La violence des chocs l’envoya contre les barils qui déversèrent leur contenu sur Mr Loyal. Imbibé d’essence, il se releva fièrement et regarda se adversaires. Pyrax et Caninos étaient prêts à attaquer.

C’est fini, maintenant, dit Henry. Tu es plein de produits inflammables. Et nous pouvons y mettre le feu facilement.
- Tu as perdu
, dit Edith.
Il faut que je vous avoue quelque chose, dit Pingoléon.


(Thème musicale )
Il regardait Henry et Edith avec des étincelles dans les yeux. Ce n’était pas du tout le même regard qu’avait eu Dodrio, Estom ou Mackogneur jusqu’ici. Ce n’était pas de la rage, ni de la colère, ni même de la folie. On aurait dit… de la fierté. Il souriait paisiblement.

Avoir été votre adversaire aura été un moment délicieux, Henry. Un honneur même ! Et je peux dire, après tout ce temps, au seuil de la mort, à quel point j’ai des regrets. On nous a forcés à tant de choses… Mais il y a une chose dont je suis fier. C’est le Cirque, le spectacle. Mais il est temps de faire tomber les rideaux. Le Cirque, c’est terminé. 

Pingoléon aiguisa une dernière fois ses lames, provoquant lui-même l’étincelle qui embrasa son corps. En feu, Pingoléon jeta un dernier regard vers Henry. Les larmes qui coulaient à ses yeux étaient directement évaporée par les flammes. 

C’en est fini de moi, cette fois. Adieu. Je peux mourir maintenant…

Debout, droit et fier, Pingoléon se laissa consumer par les flammes. Henry et Edith restèrent un instant sans rien dire, puis rappelèrent leurs Pokémons. Edith prit Estelle par la main, et ils sortirent, sans remarquer la présence de Xatu, qui avait assisté à la dernière représentation de Mr Loyal. 

*

*        *

Le Directeur venait d’écouter le récit du Mentaliste. Caché sous ses vêtements, il était impossible pour Xatu de dire si la mort de Pingoléon l’affectait. 

C’est dommage… Vraiment dommage… finit-il par dire. Mais en ce qui concerne la dernière partie de la mission ? Avais-je raison ? 

Avant d’aller trouver Pingoléon pour partir, le Directeur avait en effet confié une dernière mission au Mentaliste. Le Directeur se posait une question concernant les dresseurs qui leur mettaient des bâtons dans les roues. Xatu hocha la tête, affirmant l’hypothèse du Directeur. 

Parfait ! Dans ce cas, je pense que la mission s’est assez bien déroulée ! Tu sais, Xatu, quand je repense à Pingoléon… Je me dis qu’il a fait du beau boulot.
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Mer 7 Juin - 19:38

Chapitre 10: Le Visage du Directeur


Frederick Hamers avait survécu à l’explosion provoquée par Mr Loyal, mais il avait tout de même les deux bras et les deux jambes cassées, sans oublier le bassin et quelques côtes. Au moins était-il encore en vie. Pris en charge par l’Hôpital d’Illumis, il avait reçu une visite d’Estelle, Henry, Edith et des Stones. Il rassura sa fille sur son état et lui demanda de bien écouter les consignes d’Edith et d’Henry, qui s’occuperaient d’elle jusqu’à ce qu’il soit rétabli.

Ils étaient donc revenus à Sinnoh trois jours après leur départ avec l’Abra d’Eden. De retour au Q.G, qui avait été rapidement réparé, ils retrouvèrent Agatha, mais aussi Blanche et le Major Bob.

Ha, je vois que vous avez retrouvé la petite ! s’exclama la vieille dresseuse. Parfait !
- C’était pas sans mal
, dit sombrement Edith. On a du combattre le Pingoléon parlant.
- Il était très fort, mais on a réussi à le vaincre
, précisa Henry. Mais le père d’Estelle a été envoyé à l’Hôpital et pas mal d’ouvriers y sont morts.
- Je vois. Cette fois au moins, ils ne seront pas parvenus à obtenir ce qu’ils voulaient !
- Et toi, ça s’est bien passé ?
 demanda Henry en se tournant vers Blanche.
Oui, j’ai eu aucun souci à ramener cet imbécile qui ne répond pas aux messages qu’on lui envoie.
- Hey, j’aime pas ces technologies
, intervint le Major Bob. Puis on pourrait nous espionner avec ces saloperies.
- Ouais, c’est ça, cause toujours
, dit Blanche.
Well, pour me faire pardonner, j’ai quelques petites choses pour vous, Henry.
- Ha ?
 répondit-il. Quoi exactement ?
- Blanche m’a appris la mort de votre Séviper, alors quand on est passé à Joliberge, j’en ai profité pour faire ceci.


L’ancien soldat fouilla dans ses poches et en sortit un grand couteau. Henry reconnu directement la lame. C’était celle que son défunt Pokémon avait au bout de la queue.

J’ai récupéré le corps de Séviper et, avant de l’enterrer, j’ai recyclé.
- QUOI ?
 s’exclama Blanche. Mais quand est-ce que tu as fait ça ?
- Quand tu faisais la grasse matinée
, répondit le Major Bob.
Mais ça se fait pas des trucs pareils ! s’énerva la championne. Tu aurais pu au moins m’en parler !
- Je me suis dit que ça le consolerait un peu d’avoir sur lui une part de son Pokémon…
- Heu … merci, Major…
 dit Henry en prenant le couteau.

Henry ne savait pas trop quoi penser. D’un côté, il était un peu dégoûté de voir son ancien partenaire exploité comme ça, sans plus de respect. Mais la perspective d’avoir sur lui une partie de Séviper lui soulevait le cœur.

J’ai aussi pris quelques vieilles armes au cas où, dit le Major.
Tu te fiches de moi ? s’exclama de nouveau Blanche. Mais pourquoi tu ne m’as rien dit, bon sang ?
- Ça va, c’est juste quelques bombes…
- DES BOMBES ???


Blanche était rouge de fureur et même l’expérimenté soldat recula de quelques pas.

Bon, et si on allait installer Estelle ? demanda Ludwig.
Excellente idée ! clama Edith.

Agatha, Edith, Henry et les Stones prirent la petite par la main pour se diriger vers la chambre qui avait été aménagée exprès pour elle.

Heu, je peux ven… commença le Major Bob
TU RESTES ICI ET TU T’EXPLIQUES AU SUJET DE CES BOMBES !

*
*   *

La Troupe dans son entièreté avait été profondément touchée par l’annonce de la mort de Mr Loyal. Ils étaient moins nombreux à regretter la mort de Dodrio ou Mackogneur, mais Pingoléon était proche de tous les acteurs.

Depuis son retour de mission, Xatu fixait le soleil. Il avait depuis longtemps arrêté d’essayer de voir l’avenir de cette manière et pas mal de Pokémon étaient surpris de le voir recommencer. Il était d’ailleurs le seul Pokémon absent lorsque le Directeur les convoqua tous pour leur parler.

Mes amis, je sais que la mort tragique de Pingoléon est une énorme perte pour toute la Troupe. Tout le monde l’appréciait, moi le premier. Et c’est pour cela que nous devons faire en sorte qu’il ne soit pas mort en vain !

Le Directeur marqua une pause. La Troupe écoutait, silencieuse, les têtes baissées. 

Nous touchons au but. Nous avons tout ce qu’il nous faut. Il nous reste néanmoins une dernière mission à réaliser. Et je m’en chargerai moi-même.

A ces mots, les Pokémon le regardèrent, étonnés. Le Directeur était le cerveau de toutes les opérations, mais jamais l’instrument. Il agissait toujours dans l’ombre. Aussi, Scalproie s’avança et proposa son aide.

Non, merci bien. Je peux m’en charger seul, cette fois. Pingoléon a déjà fait toute la démarche, il ne me reste qu’à me montrer. Mais je compte sur vous, pendant mon absence, pour vous préparer. J’ai juste besoin d’un peu d‘aide de Psystigri. Rangez le Chapiteau, préparer les enfants. Notre dernière représentation retentira partout dans le monde ! A mon retour, nous pourrons lancer le Rituel.

Il se tourna ensuite vers Psystigri à qui il adressa un signe de tête. Le petit assistant d’Alakazam approuva puis lui donna la main avant de se téléporter devant l’immeuble de tournage de Féli-télé.

*
*   *

29 ans plus tôt.

Valérian était resté cloîtré dans son laboratoire depuis plusieurs mois. Tandis qu’il réalisait diverses expériences, Machopeur et Doduo s’entrainaient entre eux. Estom, lui, avait été enfermé dans une cage en alliage de carbone, une des rares matières assez résistante pour la salive de cet Excelangue.

Valérian s’était penché sur d’anciens textes du Clan, concernant Giratina et les moyens de le maitriser. Il avait été déçu, mais pas surpris, de découvrir qu’il n’existait qu’un seul moyen d’ouvrir le Monde Distorsion. Néanmoins, si les archives étaient correctement traduites, Giratina offrirait pleinement son pouvoir à celui qui réaliserait le Rituel. Mais quel Rituel ! Trois enfants mineurs du Clan, avec son passé, personne ne laisserait Valérian s’approcher d’eux. Aussi, dans l’immédiat, le Rituel semblait impossible.

Mais Valérian n’était pas du genre à se laisser faire par la force du Destin. Aussi une expérience était-elle en cours, basée sur les travaux du Professeur Fuji. Son but était de créer un pokémon capable non seulement de vaincre Agatha mais aussi de l’aider à réaliser le Rituel. Et l’expérience avançait bien.

La créature dormait dans une cuve, reliée à de multiples câbles. Son développement n’était pas encore terminé et elle devait encore atteindre sa forme finale. Mais tous les espoirs de Valérian reposaient sur cette expérience. Il avait amélioré le processus qui avait créé Estom pour faire vivre cet être. Il avait même donné, à nouveau, un peu de son propre sang, tout en suivant le procédé de Fuji.

Dans peu de temps, la créature se réveillerait et sortirait de la Cuve. Les plans de Valérian pourraient alors commencer.

*
*   *

Estelle regardait un dessin animé, Pokéman contre les Talentaffreux, dans sa chambre, surveillée par Eden. Un tour de garde pour surveiller la petite avait été mis en place pour la protéger en cas d’une nouvelle attaque. Le tour d’Eden était presque terminé et elle allait être remplacée par le Major Bob dans quelques minutes. Puis, alors que l’émission était terminée, la petite poussa une exclamation qui réveilla Eden, presqu’endormie.

C’est le Pingoléon qui nous a attaqués !
- Quoi ?


En effet, à l’écran, le Pingoléon revêtu de ses habits de Mr Loyal, clamait un petit discours d’introduction. 

Merde …

Saisissant le journal, Eden regarda le programme. Féli-télé avait en effet programmé un spectacle enregistré du Cirque Madyapno. Mais pas seulement. D’après le journal, cette émission serait suivie d’une interview en direct du Cirque …

Eden sortit de la chambre. Elle faillit se cogner contre le Major Bob qui venait prendre son tour et, sans même lui parler, elle courut rejoindre Agatha.

On a un problème ! cria-t-elle en l’apercevant enfin.
Qu’est-ce qu’il y a, Eden ? demanda Agatha. On est à nouveau attaqués ?
- Pire…


La peintre montra le journal en pointant une ligne du programme télé. En lisant, Agatha pâlit.

Qu’est-ce qu’on fait, Sage Agatha ?
- Je vais régler cette affaire
, dit la vieille dresseuse. Conduis moi avec Abra jusque là.
- On ne devrait pas prévenir les autres d’abord ?
- Je peux m’en charger seule
, dit la Sage. Puis, il s’agit peut-être à nouveau d’une diversion, alors il ne faut pas qu’on laisse la petite sans protection.

*
*   *

A peine venaient-elles de se téléporter qu’Agatha se dirigeait déjà vers le siège de Féli-Télé.

Retourne prévenir les autres de se tenir sur leurs gardes au Q.G, dit elle sans même la regarder. Si les programmes ne s’arrêtent pas, c’est que j’aurai besoin d’aide.
- Mais…
 voulut commencer Eden.
Fais ce que je dis !

Eden Stones hésita puis disparut à l’aide de son Abra, laissant la Sage seule devant l’immeuble de Féli-Télé. Sans plus attendre, celle-ci entra, sans remarquer qu’elle était observée par un petit Psystigri.

A la réception, il n’y avait pas grand monde. Tout juste deux personnes assises dans des fauteuils et une dame qui s’occupait de l’accueil.

Vous devez interrompre vos programmes ! dit sèchement Agatha à la femme.

La femme ne répondit pas. Elle avait un regard vide de toute expression et ne semblait même pas avoir vu Agatha. Celle-ci se retourna et observa les deux hommes assis. Ils offraient exactement la même expression dénuée de sentiment. Sans rien ajouter, la Sage emprunta les escaliers, se méfiant de l’ascenseur. Elle gravit les marches avec une étonnante vivacité pour son âge. Au premier étage comme au second, toutes les personnes qu’elle croisait étaient immobiles et affichaient la même tête qu’à l’entrée.

Enfin, au troisième étage, elle vit des gens bouger à travers les vitres d’une pièce de tournage. Trois hommes réglaient des caméras. Une femme armée d’un micro était en train de se faire maquiller par deux autres filles, d’apparences plus jeunes. Mais à nouveau, aucun sentiment, aucune expression visible. Dans un fauteuil, un être humanoïde tout emmitouflé dans ses vêtements. Il était impossible d’en distinguer le moindre morceau de peau.

Agatha débarqua immédiatement dans la salle.

Vous allez arrêter vos conneries maintenant !

Son entrée retentissante semblait être passée inaperçue par tous. Sauf, évidemment, le Directeur qui éclata d’un rire cruel et froid.

Agatha, je présume ?
- Elle-même
, répondit la Sage en pointant vers lui sa canne. C’est votre faute tout ce qui se passe, c’est ça ?
- C’est exact.
- Montre-moi ton visage, Valérian !


A nouveau, le Directeur pouffa de rire, plus sincère cette fois, mais tout aussi froid que le précédent.

Je ne suis pas Valérian.
- Alors qui es-tu ?
 demanda sèchement Agatha. Qui es-tu pour connaitre les secrets du Clan ? Qui es-tu pour semer la mort ainsi ?
- Je ne suis qu’un monstre parmi tant d’autres !


Agatha attrapa une de ses balls et invoqua son Magirêve.

Ball’ombre !

Le Spectre lança une sphère d’énergie négative droit sur le Directeur. Mais avant que celle-ci ne l’atteigne, elle rencontra une autre sphère de même nature, provoquant une petite explosion. C’était le Directeur qui avait lancé cette seconde attaque. Il s’était relevé et riait aux éclats.

Quoi ? Mais…

Agatha se tut, regardant sans comprendre le Directeur. Elle était saisie d’une mauvaise impression.

Puisque vous le désirez vraiment, madame la Sage du Clan Distorsion, je vais vous montrer qui je suis.

Sans plus attendre, il se débarrassa de ses vêtements, dévoilant l’entièreté de son corps. Agatha et Magirêve étaient saisies d’effrois. Ce qui permit à Psystigri de les immobiliser.

*
*   *

Ce soir-là, Valérian fut réveillé par de grands bruits provenant de son laboratoire. Il descendit rapidement voir ce qu’il se passait. En ouvrant la porte, un triste spectacle s’offrait à ses yeux. Toutes ses machines étaient dévastées. Un petit incendie consumait ses ouvrages et ses notes. La cuve qui abritait son expérience avait explosé, déversant son contenu liquide partout dans le laboratoire. Il y avait aussi des morceaux de verre partout. Mais l’expérience n’était pas présente.

Valérian jura et pénétra dans son antre, cherchant du regard où pouvait se cacher le fruit de ses recherches. Il la vit enfin, se tenant de dos à lui, devant la cage d’Estom. Valérian était rassuré. Sa créature était en vie. Et elle avait fait pas mal de dégâts, ce qui laissait supposer une grande puissance de sa part.

Tu es enfin réveillé ! lança-t-il.
Est-ce à moi que l’on parle ? répondit la créature, toujours de dos.
Je suis ton créateur. Allez, montre-toi !

La créature se retourna et regarda Valérian. Le scientifique poussa une exclamation d’horreur en voyant le fruit de ses recherches. Si son corps semblait normal, son visage ne l’était pas du tout. Il possédait en tout cinq grands yeux disposés un peu n’importe comment sur son front. Il lui manquait aussi de la peau sur plusieurs parties du visage, dévoilant sa chair.

Non ! cria Valerian.
Qu’y-a-t-il ? demanda son expérience en faisant quelques pas vers lui.
Non ! Ne m’approche pas, sale monstre ! Je n’ai pas passé tant de temps pour créer quelque chose comme toi !
- Monstre ?
- Oui, un monstre ! Hideuse créature
, cria Valerian. Ne suis-je donc bon qu’à créer des monstres et des bêtes de Cirque ?
- Des bêtes de Cirque ?
 répéta la créature en continuant de s’approcher. 
Quelle poisse, cracha le scientifique. Comment pourrais-je faire quoi que ce soit avec un tel monst…

Valerian ne termina jamais cette phrase. Son expérience l’avait subitement saisi à la gorge de sa main gauche et soulevé du sol. Il suffoquait, respirant avec difficulté. Puis le monstre attrapa un étrange objet qui pendait à une petite corde.

Avant de mourir, je vais me repaître de tout ce que tu sais, toi qui a la prétention de m’avoir créé.

La créature souriait alors que Valerian s’endormait d’un sommeil dont il ne reviendrait jamais.

*
*   *

Henry, Edith, Blanche, les Stones, le Major Bob et la petite Estelle regardaient la télévision sans rien dire. Ils regardaient le spectacle du Cirque Madyapno. Le dernier numéro venait de se terminer et Pingoléon annonçait la fin.

Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Ludwig.
On attend… dit Edith. La Sage a peut-être réussi à empêcher l’interview…
- Et si ce n’est pas le cas ? 
dit Blanche.
Alors on file et le Major reste surveiller Estelle, dit Henry.

Ils se turent. L’angoisse montait pendant que passait une publicité pour le marché Rivamar. Puis les programmes reprirent et tout le monde étouffa une exclamation de surprise et d’horreur.

A l’écran, Agatha et Magirêve étaient face contre terre. Assis dans un fauteuil, le Directeur, enfin débarrassé de ses vêtements, montrait enfin son véritable visage et son identité. Henry en eut la nausée.

Le Directeur était un Hypnomade au visage défiguré, avec trois yeux en trop et des morceaux de chair bien visibles. Malgré cette vision d’horreur, il souriait avec une expression sadique. Il tenait d’une main la canne de la Sage du Clan et de l’autre un pendule noir comme les plumes d’un corbeau. 

Tout le monde quitta en trombe la pièce, excepté Estelle et le Major Bob, puis le groupe se téléporta jusqu’à Féli-Télé.

Ni le soldat ni la petite fille ne voulurent changer de chaine. Ils étaient comme paralysés par cet horrible spectacle. Le Directeur se leva, exposa son pendule, et, avant que le Major n’ait le réflexe de couper la télévision, il commença son Hypnose.

Enfants et adultes, écoutez mes paroles !

Dans tout le pays, les téléspectateurs arrêtèrent de bouger, fixant le pendule à travers l’écran. La voix du Directeur pénétrait doucement dans leur tête comme des ordres commandés par une entité supérieure.

Adultes, les lois des hommes ne vous concernent plus ! Il est de votre devoir d’agir comme le pire des criminels ! Mais soyez rassurés, ce que vous ferez n’est pas mauvais ! Oubliez votre morale ! Ne faites juste aucun mal aux enfants, car ils sont ma propriété. Enfant, toute émotion vous quitte. Vous fixerez cet écran de télévision jusqu’à ce que je vienne vous chercher. Quand je viendrai, vous me donnerez la main et me suivrez à jamais. Vous m’appartenez tous ! Obéissez-moi !

*
*   *

Lorsque le groupe arriva au troisième étage, le Directeur avait déjà disparu. Edith se précipita vers le corps de sa grand-mère. Agatha n’était pas morte. Mais elle affichait désormais le même visage sans expression que les autres victimes de l’Hypnose du Directeur.

Merde … dit la jeune fille.
Alors c’était donc ça, rumina Henry… Le visage du Directeur…
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